3 August 1789: the Assembly elects a new president; fickleness of some of its members

À l’ouverture de l’Assemblée, M. Thouret a fait connaître qu’ayant été nommé président, il respectait trop les principes de l’Assemblée pour se charger d’une mission dans laquelle il était sur d’être mal vu par un très grand nombre des membres.

Cette démarche a été fort applaudie. (…)

On a prié M. de Liancourt de continuer les fonctions de président jusqu’à la fin de la séance. (…)

M. d’Antraigues a parlé pour la première fois depuis la réunion des trois ordres. Son discours étoit fort bien fait, mais on a remarqué avec peine un éloge prodigué au clergé, des détails religieux, etc., etc. On accuse M. d’Antraigues d’avoir cherché alternativement à capter les trois ordres : les communes par ses écrits, la noblesse par les principes aristocratiques qu’il a montrés dans la Chambre, le clergé par l’éloge qu’il vient de faire de lui et de la religion. Cette versatilité de caractère n’est pas propre à lui attirer l’estime à laquelle il avait beaucoup de droits.

(…) M. de Liancourt a annoncé qu’il fallait se partager en bureaux pour l’élection d’un président.

Ce choix a été fait, et, le soir, on a rendu compte du scrutin ; les voix se sont réunies sur M. Le Chapelier, et, certes, il était impossible de faire un choix qui réunit une plus grande majorité. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 261-262.

2 August 1789: a discours, arrests, & a theft

(…) Ci-joint,  mon cher ami, le beau discours de M. Necker à l’Hôtel de ville et le généreux arrêté que le Palais-Royal n’a pas voulu ratifier, en sorte que les districts l’ont contredit le 31 et fait décider que les détenus, à commencer par le Besenval, qu’on garde à Brie-Comte-Robert pour ne pas l’exposer à la fureur du peuple et des Gardes suisses même qui vouloient en faire justice, seroient soumis à un jugement légal. A la bonne heure, ils auront le temps de s’ennuyer ! M. de la Vauguyon et son fils arrêtés au Havre doivent être conduits ici à même fin. On en veut à tout ce qui a l’air de fuir avec passeports du Roy, si ceux de la ville n’y sont joints.  Mon fils est écrasé de ses séances et des détails de sa police à la ville. Le trouble actuel me donne peu de facilité pour retrouver une boîte d’or qu’on m’a pincée, vendredi 31, au sortir de l’Opéra ! C’est la première piperie qu’on m’ait faite en ce genre.

Le Marquis de Vergennes à M. de Bellejeant, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 83-84.

1 August 1792: violence in Paris

Vernouillet…

… Je ne puis vous dire, Monsieur, si je resterai encore quelque temps ici, ou non. Paris est fort agité, et déjà les Marseillois et la Garde nationale ont eu maille à partir et se sont battus. Il y a eu un lieutenant parisien de tué, et de part et d’autre quelques blessés. Ce ne seroit pas une raison de ne pas retourner à Paris, ne fût-ce que pour se joindre à la garde nationale de sa Section, dès qu’il y a du danger. Mais on dit qu’on ne laisse plus sortir personne en voiture de Paris, et si cela est, c’est une folie d’entrer dans une ratière d’où on ne sort pas. Si je peux pourtant, j’y retournerai dans la semaine prochaine.

(…)

Aux Tuileries, M. d’Eprémesnil a été, l’autre jour [28 July] battu, dépouillé, traîne nu au Palais-Pioyal, blessé de plusieurs coups de sabre et enfin arraché à demi-mort des mains de ses assassins, et cela en plein jour. M. Pétion est arrivé, et M. d’Eprémesnil lui a dit : « Et moi aussi, Monsieur, il y a trois ans, j’étois l’idole du peuple ! » M. Pétion s’est trouvé mal à ce mot, et a été trois quarts d’heure à revenir. Voilà toutes les nouvelles ; j’y pourrois ajouter une vingtaine de prêtres et de gens de tout état lanternés depuis quinze jours, et surtout le 14 Juillet dernier…

M. Fougeret à M. Lecoy de la Marche, à Château-Renard, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 430-431.

31 July 1791: the Assembly vs. the Constitution

(…) …il est impossible de conserver ses droits si l’on n’est continuellement aux aguets des hommes commis à l’exercice des plus importants ; le gouvernement représentatif devient bientôt le plus corrompu des gouvernements, si le peuple cesse d’inspecter ses représentants. Je vous l’ai dit il y a bien longtemps : ce n’est pas l’Assemblée qui a fait la Révolution, c’est la force des choses er de l’opinion. (…) Du moment où la nation, tranquillisée par ses premières victoires, a cessé de modifier habituellement l’Assemblée, celle-ci est retombée dans la langueur et la médiocrité qui lui sont propres, et auxquelles l’usage de l’autorité, les progrès de la corruption on ajouté les plus funestes éléments. Depuis huit à neuf mois, l’Assemblée, à l’exception de quelques bons décrets… n’a fait que saper et détruire, par les détails, les bases et les effets de la Constitution. Aujourd’hui qu’elle réunit et exerce tous les pouvoirs, elle est gouvernée, séduite ou entraînée par une coalition qui s’entend avec la Cour et qui prépare des altérations plus grandes encore. Croiriez-vous que, dans certains Comités, on forme le projet de ressusciter la noblesse ?… Il est difficile, sans doute, qu’il s’execute ; mais jugez de l’esprit de ceux qui peuvent le former et qui intriguent pour le faire réussir. (…)

Mme Roland à Champagneux, à Lyon, in Lettres de madame Roland : [1780-1793], publ. par Claude Perroud, vol. 2, Paris, l’Imprimerie nationale, 1902, p. 354-355.

30 July 1790: agents & interests in the Revolution

(…) Je vois faire bien des sottises. Il semble que les ministres aient perdu la tête. Nos pauvres nobles ne sont pas plus sages avec leurs protestations, leur résistance maladroite et gauche à une Révolution, dont, par leur faute, ils seront les victimes. Mais comment faire entendre raison à des gens dont les idées sont toutes fausses, qui n’ont aucune connaissance des hommes, ni de l’histoire, qui prennent les mouvements violents d’un orgueil excité pour l’amour du Roi et le dévouement à la Monarchie. Il y a certainement beaucoup d’honnêtes gens parmi eux ; ils sont, la plupart, pleins d’honneur, de loyauté, mais ils se rendent, sans s’en douter, les agents de la vengeance des Parlementaires, du Haut Clergé et de la Finance. Et c’est aussi qu’ils confondent leurs vrais intérêts avec les intérêts des gens qui ne peuvent se sauver qu’en hasardant de tout perdre. (…)

Marquis de Ferrières à Mme de Ferrières, dans Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 256.

29 July 1789: leaving for London

Wednesday... — This Morning occupied in Arrangements for my Departure for London. At noon go to the Hôtel de Ville for my Passports etc., which La Fayette gave Yesterday in charge of his Aid de Camp. I do this upon the Principle that if I do not take Care of my own Business I cannot expect anyone else to do it for me. Mankind are in the constant Practice of believing in the Attention of others and of neglecting those who believe in them. II faut être juste. I find that I was right. At the Hôtel de Ville there are a World of Difficulties, but they are at length all surmounted. From thence go to take Leave of Madame de Flahaut. Perfectly platonic. In this I do myself Violence, but it is right. Thence to Madame de Corny. A number of gentle Reproaches for neglecting her, which I had well merited. Thence to Mons[ieu]r Le Normand’s. A warm Meeting and an affectionate Leave, both of which, I think, mean Nothing. (…) Go to Mr. Jefferson’s & dine en famille. (…) This Day pleasant.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 165-166.

28 July 1789: ‘…quoique les discussions soient détestables, les résultats sont presque toujours bons…’

Après la lecture de quelques addresses d’adhésion et de remerciement, on a lu un procès-verbal apporté par un courrier, duquel il résulterait que 4 000 brigands parcours les campagnes aux environs de Soissons, pour brûler les denrées en vert ; les habitants demandent du secours et  le demandent très prompt.

L’Assemblée s’est fortement occupée de cet objet ; peut-être même se l’est-on beaucoup exagéré. (…)

Il serait important de pouvoir remonter à la source de ces bruits, pour connaître les auteurs et leurs motifs. Cela est d’autant plus nécessaire aujourd’hui qu’il paraît que l’on exagère de toutes parts des plaintes qui nous parviennent des provinces, et qu’il paraît bien constant, d’après un courrier arrivé le soir, que tous ces bruits étaient absolument faux. Mais pourquoi les répand-on ? C’est ce que j’ignore. (…)

Cependant les imaginations s’effrayent ; on ne voit pas les coupables, on veut à tout prix en trouver ; il est certain qu’il en est quelques-uns, qu’il y a des gens payés, dit-on, pour ne pas travailler, etc., etc. Ce sont des faits à éclaircir. Mais nous devons consommer notre opération et calmer, s’il est possible, les imaginations égarées.

C’est dans cette vue surtout que l’on s’est occupé d’une motion faite par M. Duport, qui tendait à établir un comité composé de quatre personnes, chargées de prendre des informations et d’en rendre compte à l’Assemblée.

D’autres personnes n’ont pas craint de proposer que ce comité fût très secret, que l’on ouvrit toutes les lettres, et autres mesures semblables, qui inspirent aux gens d’honneurs de l’horreur de du mépris.

Aussi toutes ces belles vues ont été rejetées, et il a passé unanimement que le comité serait composé de 12 personnes, qui prendraient très publiquement des informations pour découvrir et les crimes et leurs auteurs. Mais, sur la proposition d’ouvrir les lettres, on n’a plus délibéré.

Ainsi, quoique les discussions soient détestables, les résultats sont presque toujours bons et sages. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 240-242.

27 July 1789: Paris after the catastrophe

… Nous sommes rentrés ici avant-hier au soir, mon cher Bellejeant, après les catastrophes dont il faut espérer que la source est tarie. (…)

Des patrouilles régulières jour et nuit rendent Paris assez calme, et je vais chaque soir aux spectacles pour dissiper les idées lugubres du temps et mes vapeurs que les jus d’herbe et la campagne ont un peu soulagées. Nous avons pour surcroît des temps horribles ; mais le pain est diminué d’un sol, et les subsistances abondent ici, comme les armes. On y attend M. Necker jeudi 30 au plus tard. Il a trouvé à Bâle la Polignac. La duchesse a été le voir, et leur rôle contraste terriblement. Deux cent mille âmes au moins sont sorties de Paris. (…)

Le Marquis de Vergennes à M. de Bellejeant, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 80-81.

 

26 July 1792: ‘Les rois ne connaissent d’autres raisons que leur intérêt et d’autre loi que leur volonté’

(…) J’ai peine à aborder les questions politiques tant elles sont grandes et imposantes. Les raisons meurtrières du pouvoir exécutif sont tellement funestes à la prospérité et à la gloire de la nation qu’il [le pouvoir] nous a amenés à la cruelle nécessité de la [la Nation] détruire ou de porter honteusement les fers qu’il nous prépare constitutionnellement. L’Assemblée nationale vient de décréter aujourd’hui, la permanence des sections. Il arrive de tous côtés, des pétitions pour la déchéance, l’opinion publique demande cette grande mesure par les cent bouches de la Renommée et nous sommes dans l’attente d’un grand événement. Guadet a proposé, aujourd’hui, un message au roi dans la vue de lui faire les dernières et les plus fortes représentations ; tout cela est inutile et petit. Les rois ne connaissent d’autres raisons que leur intérêt et d’autre loi que leur volonté. Il n’y a pas de composition à attendre d’eux. Ils promettent tout et ne se croient engagés par rien. Enfin, trois ans de parjure n’ont pas encore instruit suffisamment les malheureux Français et la déshonorante évacuation de Courtrai et l’atrocité de l’incendie qui doit rendre notre nom odieux chez tous les peuples. Toutes les gentillesses royales qui seraient répétées à chaque époque de cette guerre suivant les infâmes caprices de la cour, n’ont encore fait tomber toutes les écailles des yeux. Nous sommes dans le plus terrible moment de perplexité et pour une guerre sur les bras qui fait peur. Nos levées d’hommes ont été considérables après la proclamation du danger de la patrie qui si tout cela était dirigé dans le bon sens et conduit par des officiers patriotes, je défierais l’Europe entière de nous vaincre.

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils, à Londres, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p. 148-149.

25 July 1790: do not trust newspapers

(…) Les affaires s’embrouillent ici, au dehors et au dedans. Je dirais volontiers avec la feue maréchale de La Ferté : “Il n’y a que moi qui ai toujours raison”. Des fautes grossières, une grande maladresse, nulle connaissance des hommes et des choses, beaucoup de probité, de zèle, les meilleures intentions, voilà le grand nombre des députés de notre côté droit ; malheureusement, dans ceux qui les mènent, des haines, des passions, des intérêts de corps, de l’orgueil qu’on nomme du courage, des intrigues gauches, mal ourdies et coupables, le désespoir qui aime mieux tout perdre, et l’État et le Roi, que de céder aux circonstances, et de renoncer aux abus dont on profitait. Quant au côté gauche, la scélératesse la plus profonde, la mieux combinée dans les chefs, jointe aux vues les plus sages dans l’exécution, aux moyens les plus appropriés à la réussite, et, ce qui assure le succès, la plus grande docilité dans les subalternes, et un ensemble dont nous sommes bien éloignés.

Ne jugez pas, mes chers amis, par les journaux ; ils ne sont que les échos des divers intérêts de deux partis. Il sont la première cause du mal. Je n’en excepte aucun, ni aristocrate, ni démocrate. (…)

Parlons nouvelles. Le chevalier Bonne-Savardin, qui s’était échappé des prisons de l’Abbaye, vient d’être arrêté à Châlons, malheureusement dans la voiture de l’abbé de Bramond, conseiller au Parlement, membre de l’Assemblée nationale, qui a été aussi arrêté. Ce malheureux événement va ranimer la fureur du peuple contre les nobles et le clergé. (…) Le peuple s’agite et se rassemble au Palais-Royal et aux Tuileries ; il menace les ministres ; l’on s’attend à une vive explosion. (…)

Marquis de Ferrières à Mme de Medel, dans Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 250-252.