25 September 1789: taxes & patriotism

(…) Je ne crois pas que l’on crée, à proprement parler, un papier monnaie ; on se contentera d’ériger la Caisse d’escompte en Banque nationale, et les billets auront cours dans les provinces, comme ils ont cours à Paris. Ce n’est plus le centième denier que l’on donner, c’est le quart du revenu une fois payé ; on défalquera les dettes, les impôts, et l’on payera le quart du produit net. C’est une taxe très extraordinaire ; malheureusement la nécessité des affaires l’exige ; il faut 400 millions pour se trouver au pair de la recette de la dépense. On assure qu’ensuite le peuple sera délivré de quelques impôts… (…) Il est certain que si l’on peut réussir à mettre un juste équilibre entre la recette et la dépense, et à obtenir les 400 millions tant sur le quart du revenu que sur les dons patriotiques, que tous les citoyens s’empressent d’offrir à l’envi, la France sera plus heureuse qu’elle ne l’a jamais été. Mais si, chaque individu se concentrant dans un vil égoïsme, l’on refuse de venir au secours du gouvernement, tout est perdu. Le trésor royal est à sec ; il n’y a pas seulement assez d’argent pour payer les troupes. Tu sais que je destine mon traitement de député à acquitter l’impôt du quart de mon revenu. Je n’ai pas à présent 8.000 livres de rente ; aussi, en donnant cent louis, je payerai magnifiquement. (…)

Marquis de Ferrières to his wife, in Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 155-156.

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24 September 1789: Necker gives a speech

(Versailles)

M. Necker est venu ce matin à la séance ; il a été reçu avec l’intérêt et l’empressement qu’il inspire toujours. Malgré les préventions qui existent contre lui et malgré beaucoup de fautes, sa loyauté, sa probité, son exactitude, son amour de l’ordre et de la justice commanderont encore longtemps le respect et l’admiration des hommes les plus prévenus contre lui.

Analyser son discours ne serait pas chose facile, le juger serait chose peut-être indiscrète. Cependant il me semble qu’on peut dire que son travail ne présente que son travail ne présente que très peu d’idées neuves, peu de grandes vues, mais qu’il a ce qu’il faut pour le moment, c’est-à-dire les moyens de rétablir très proprement le crédit national, de fournir des secours prompts et nécessaires et d’empêcher la cessation des paiements. (…)

Il a été arrêté que ce plan serait renvoyer au comité des douze pour être examiné et en faire rapport samedi prochain. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 363-364.

23 September 1797: “purification”

(…) Rien de nouveau que je sache. On prépare un épurement dans les bureaux qui mettra sans doute des amis de la République à son service et qui en exclura ses ennemis. Le mal se fait vite et le bien toujours lentement. C’est un malheur de l’espèce humaine. Le renouvellement de la guerre m’afflige beaucoup sous le rapport de l’Humanité, sous celui de la politique, je ne sais, mais l’hiver qui approche, mais l’horreur de ces fléaux réunis… Que Bonaparte et nos invincibles armées d’Italie marchent à la victoire avec la rapidité de l’éclair et que nous puissions être vainqueurs avant l’hiver ! (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien à Milan, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p. 394-395.

22 September 1789: Madame F is back to the city

Tuesday... — This Morning I receive a Note from Madame de Flahaut. She arrived last Evening. Write, dress, and then visit her. She set off Yesterday at 6 o’Clock and arrived at 9, having made 17 1/2 Posts, four of which over very bad Roads. A Ride of 180 Miles going and returning meerly to see one’s friend is a Proof of Sincerity. My Letter reached her the precedent Evening, and her own Carriage being in Want of Repair she took a Cabriolet of the Commandeur. A feeble Health, a wretched Carriage, a bad Road, and worse Weather: charming Sex, you are capable of every Thing! We talk a little Politics and a little of family Affairs and a little of Projets, and go through the first, second and third Part of Oratory upon the Principles laid down by Demosthenes. From thence I go to the Palais royal, to which Place I had ordered my Carriage, and visit Van Staphorst. (…) Thence go to see Hasgill. (…) Not at Home. Return Home… — Go to Mons[ieu]r de La Fayette’s. Nobody yet come in tho it is past three o’Clock. After four the military family begin to assemble. At a Quarter past five we learn that he cannot return to Dinner. At six o’Clock he comes in and meets some law People with whom he had an Appointment. It is near seven before I can say three Words. Tell him I have given de Corny a Note on the Subject of Subsistence. He knows it and will push it all in his Power; that a Plan from me, and on Subsistence, merits every Attention. Leave him and visit Madame de Capellis. She tells me that Madame de Flahaut is arrived, and of Course I express a Desire to see her, and make my Visit short. I have overstayed my promised Hour of six by an Hour and an Half. A little Reproach is just. Mr de St. Pres who was expected, comes in and stays pretty long; however his Visit finishes at last. This has been a tolerably fair Day but rather cold.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 225-226.

21 September 1790: living with a new religion and its insurrections

(…) On vient d’y recevoir la nouvelle qu’un vaisseau parti de Saint-Domingue, après s’être révolté et y avoir débarqué ses officiers, est arrivé à Brest et a mis l’insurrection sur toute la flotte et dans le port. Messieurs les philosophes et gens d’esprit, qui ont imaginé cette belle révolution-ci, se sont mis et nous tous avec eux, qui n’avions pas de si beaux projets, dans une cruelle situation. Nous payerons bien chérie désir qu’ils ont eu de se procurer de la célébrité et de changer la face et la religion d’un grand royaume. Heureux, je le dis tous les jours,  mon pauvre beau-père, et plus heureux encore ceux qui l’ont précédé de deux ans. Il faut, puisque j’y suis, me résigner, mais ne pas être une poule mouillée et aux demandes injustes dire constamment un non bien ferme.

M. Fougeret à M. Lecoy de la Marche, à Château-Renard, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 394.

20 September 1789: do not envy the members of the Assembly

…Versailles… (…)

Nous ne savons pas encore si nous passerons l’hiver ici. La Cour voudrait bien nous voir bien loin ; elle n’en serait cependant pas beaucoup avancée. Tout va assez mal, pais ce n’est pas ma faute.

Je t’envoie mon Histoire jusqu’à la réunion ; tu la mettras au net, si tu as le temps ; je n’ai guère celui de la continuer, car nous sommes assemblés au moins huit heures par jour, et nous entendons déraisonner une foule de gens qui n’ont pas le sens commun. Il faut en passer par là. On a grand tort de nous envier notre payement ; on nous a donné un billet de huit cents livres à prendre sur le trésor royal, mais c’est du papier, et jusqu’à présent, nous n’avons pas touché un sol. Ma bonne amie, tu vois que nous n’en sommes pas plus riche. (…)

Tout va tranquillement. Le comte d’Estaing est commandant en chef de la milice bourgeoise de Versailles, et maintient l’ordre. C’est un bonheur pour cette ville. Il y a de l’intrigue entre les ministres ; on dit que M. Necker veut s’en aller ; il a perdu ce pauvre royaume ; c’est grand dommage. Il fait froid ici ; je n’ai cependant pas encore allumé de feu ; je veux profiter de la circonstance pour me désaffriler (sic). (…)

Marquis de Ferrières to his wife, in Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 152-153.

19 September 1789: political conversations & theatre

Saturday... — Employed this Morning in writing. Dine at Mons[ieu]r de Corny’s, in consequence of a Note from Madame [de Flahaut?], desiring the Engagement for Tomorrow may take Effect this Day. After Dinner converse with de Corny about a Contract for supplying Flour to Paris, and offer him a fourth Concern. He desires a Note of my Ideas, which I promise. The Conversation is as usual political. I go to the french Theatre and see the Chef-d’oeuvre of Racine, Athalie. (…) This has been a rainy disagreable Day.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 223-224.

18 September 1789: the hardships of a deputy’s life

…Versailles…

Plus le temps s’écoule et moins nous avançons en besogne, mon cher neveu. Depuis deux mois que nous nous occupons de la constitution du royaume, nous n’avons fait qu’une déclaration des droits de l’homme, qui paroit même assés inutile, et rédigé quelqu’articles de la constitution, parce que les assemblés sont très orageuses et qu’il y a des gens qui cherchent à tout retarder, et peut-être brouiller les esprits et à perdre l’État.  On a décidé que l’Assemblée nationalle (sic)  sera permanente, c’est-à-dire que les députés resteront en caractère et toujours prests (sic) à s’assembler jusqu’à ce qu’ils fussent remplacés par d’autres… (…)

Nos travaux, auxquels on ne voit point de fin et qui seront insuportables (sic) l’hiver, redoublent à tout moment : tous les jours, deux séances, souvent même le dimanche, depuis 9 heures du matin jusqu’à trois heures et demie, et depuis les six heures jusqu’à passé les onze heures. Cependant, malgré l’ennuis (sic) que me donne le peu d’accord des membres, je n’ai pas encore été incommodé et ne manque point de séance. Je vous quelques fois, ici et quand je vais à Paris, Rolland, qui vous fait des compliments, et je mange toujour (sic) avec lui. (…)

L’abbé de Rousselot à son neveu Joseph Rousselot, dans Correspondance de l’abbé Rousselot, constituant. 1789-1795, présentation par Anne-Marie Malingrey (Paris, 1992), p. 43-44.

17 September 1789: can individual donations help a crisis?

(…) Chaque jour, à l’ouverture de la séance, on annonce de nouveaux sacrifices faits au bien public, à la patrie. Tantôt c’est une somme d’argent, tantôt des bijoux, aujourd’hui un magistrat qui renonce au prix de son office, demain une compagnie entière qui offre de rendre la justice gratuite. Je suis loi de chercher à diminuer le prix individuel de ces offres, de ces actes de générosité, mais que sont-ils pour le salut de l’État ? Il nous faut d’autres et plus grandes ressources. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 347.

16 September 1793: ‘monster of the civil war,’ arrests, & enlistment

…lundi…

(…) Toutes nos affaires vont à merveille. On n’entend plus que crier victoire de-ci, victoire de-là, dans la vérité, le ciel bénit nos armes et, comme tu l’auras vu, nous triomphons partout. Aujourd’hui encore, grande victoire dans la Vendée ; c’est dommage que tout cela coûte beaucoup de sang. (…) On peut crier avec allégresse : “Vive la République, une et indivisible”, pour moi, tant que le monstre de la guerre civile ne sera pas complètement étouffé dans notre propre sein, j’aurai toujours la larme à l’oeil, quoique le sourire sur les lèvres, en lisant et en disant nos prospérités. (…)

Paris est fort tranquille. Nous avons du pain et les arrestations des gens suspects se font légalement et sans aucun désordre. La levée va son train. J’ai vu tout à l’heure, sous mes balcons, passer plus de trois cent beaux jeunes gens que je crois de notre section. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils au Havre, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p. 258.