3 October 1789: loans with interest & the clergy in the Assembly

Versailles…

La séance est ouverte ce matin par une discussion sur le prêt à intérêt. On sait que les prêtres regardaient ci-devant comme usuraire l’intérêt de l’argent placé à terme fixe. C’était un abus manifeste de leurs propres principes théologiques, des raisonnements et des citations dont ils les appuient. Le jour de la lumière est venu en partie ; peut-être l’esprit public n’a-t-il pas fait encore assez de progrès pour que nous disions : l’usure ne consiste pas dans l’excès d’un taux quelconque, elle consiste dans les circonstances où se trouvent réciproquement le prêteur et l’emprunteur. (…)

Il est évident que le prêt à intérêt est une des opérations les plus nécessaires à la prospérité de l’agriculture, du commerce et des arts, et l’on a extrêmement bien fait de l’autoriser. (…)

Il est, au reste, fort remarquable que plusieurs curés ont parlé en faveur du prêt à intérêt, et que l’archevêque d’Aix, l’évêque de Chartres et d’autres prélats ont appuyé leur opinion ; il y a eu, à ce sujet, une grande unanimité dans le clergé. L’évêque d’Oléron est le seul qui, après la prononciation du décret, a dit que sa conscience, non seulement lui défendait d’y adhérer, mais encore lui commandait de s’y opposer de tout son pouvoir. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 390-392.

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2 October 1792: portraits of Marat, Robespierre, Danton, and Collot d’Herbois

Tu m’as demandé, papa, mon sentiment sur chacun des députés de Paris ; je satisfais à ton voeu.

Un de ceux dont la nomination atteste surtout la lâcheté et l’étrange turpitude des électeurs, un de ceux que l’opinion publique réprouve avec le plus de force, est, comme tu ne l’ignores pas, le forcené Marat. Quels que soient cependant les projets désastreux de cet homme sanguinaire, je crois qu’il y a encore plus de folie dans sa tête que de perversité dans son coeur. (…)

Après le nom de Marat l’opinion publique place, à regret sans doute, celui de Robespierre. Voilà quelle est la juste récompense des excès où l’ont entraîné son amour-propre et son opiniâtreté dans des opinions erronées. Voilà quel est le triste résultat des louanges sans nombre que nous lui avons prodiguées ; c’est nous mêmes qui gâtons les hommes publics.

Des vices domestiques, une conduite privée peu estimable, des dettes nombreuses, voilà ce qu’on reproche à Danton ; mais, en revanche, on admire en lui l’homme d’État, de grandes vertus politiques, une âme intrépide et forte, une éloquence irrésistible, une vaste perspicacité de vues; heureux si avec ces grands avantages, il ne se livrait trop souvent à des passions haineuses et jalouses ! (…)

Collot d’Herbois ne manque ni de talent ni d’énergie. A la vérité, cette énergie dégénère quelquefois en exaltation. C’est un de ces hommes faits pour un moment de crise et de Révolution, un déclamateur adroit, quoique plein de chaleur et de véhémence ; je doute de ses talents en fait de législation, mais non en fait d’insurrection. (…)

Edmond Géraud to his father, in Gaston Maugras, Journal d’un étudiant (Edmond Géraud) pendant la Révolution, 1789-1793, 3ème éd. (Paris, 1890), p. 559-560.

1 October 1789: a member of the Assembly is home sick

Versailles…

Je ne te dirai qu’un mot, ma bonne amie, uniquement pour te tranquilliser. Je me porte très bien. Tes lettres font mon plus grand plaisir. J’attends avec avec impatience les jours de courrier ; tout ce qui m’intéresse est à cent lieues de moi. J’entre dans tes raisons, ma bonne amie, je sens l’ennui que te cause le voyage, l’embarras de ma fille ; ainsi réflexion faite, ne viens point. Je passerai le mois d’octobre, et si nous demeurons l’hiver dans ce vilain pays, je te le manderai. Alors nous prendrons d’autres arrangements. (…)

Marquis de Ferrières to his wife, in Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 168.

30 September 1789: ‘un plat Personage’

Wednesday… (…) …go to Club. Attend to some Discussion of public Affairs which takes Place and then go to sup with my Friend [Mme de Flahaut – AE]. She has been triste all Day, fears Consequences, &c, &c, as Mons[ieu]r is gone to Madrid. Peu à peu nous nous rassurons. At Supper she receives a Note from L’E[vêque] d’A[utun]. We are to dine with her on Sunday. Madame de Stahl tells him that her father wishes much to see him placed. Stay till Midnight. I am rather un plat Personage for such a Tête à Tête, having had a severe Diarrhea for twenty-four Hours. This has been a fine Day.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 237.

29 September 1792: Paris is dull

…samedi…

(…) Tout est ici fort tranquille, mais je désire que mes affaires se terminent bientôt. Je dîne tous les jours chez le restaurateur sans être restauré ; je me couche au lieu de souper ; et comme je ne m’occupe ici que d’une seule affaire, je trouve les soirées fort ennuyeuses. Paris a l’air d’une petite ville de province : quelques fiacres, quelques patrouilles, pas une figure de connaissance. (…)

Les mauvais patriotes répandent ici que les Prussiens sont à Ay et à Reims, pour arriver à Paris sous quinze jours, comme s’ils étoient assez imbéciles pour venir provoquer 700.000  hommes libres qui sauroient les pulvériser en 24 heures, ainsi que tous leurs rois et leurs généraux. On travaille ici aux fossés et au camp sans relâche. (…)

De M. de Kolly à Mme Renaud, sa cousine, à Boulogne-sur-mer, in Pierre de Vaissière, ed. Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 565.

28 September 1789: the quality of bread & our sins

(…) Si la qualité du pain ne change pas avant la cérémonie des Cendres, les prêtres qui la feront pourront avec un morceau nous signer le front, en disant ces mémorables paroles : « Memento, homo, quia pulvis es ! [Remember, man, that thou art dust, and to dust thou shalt return] » Et à notre mort nous formerons un monceau de poussière d’autant plus grand que nous en aurons mangé pendant huit mois. Cette nourriture prise en esprit de pénitence nous méritera la faveur céleste. Sera-t-elle suffisante ? Nos péchés sont grands et nos maux immenses, occasionnés par le vertige qui règne dans nos tètes.

L’Hôtel de ville travaille toujours en grand, quoique dans un état de détresse. Peu lui importe de faire de la dépense, si Paris, qui gouverne toutes les provinces du royaume, vous oblige à partager les frais. C’est là sa vue. Sera-ce la vôtre ? Au reste, si une jeune fille a envoyé son dé d’or à l’Assemblée nationale, un soldat ses boucles d’argent, le duc de Charost y a fait une soumission de 100.000 francs. L’un va pour l’autre. (…)

Le comte de Seneffe à M. le Président de Saint-Luc, in Pierre de Vaissière, ed. Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 23.

27 September 1791: health damages from the Assembly

Nos travaux finiront enfin, mon neveu, le 30 septembre et nos successeurs prendront nostre place le 1er octobre. Je ne les vairai [sic] pas néanmoins sur les bancs, car j’espère d’estre parti dès le matin par la poste pour Vesoul, où je conte arriver le trois au plus tard, si mes ieux me permettent de voyager la nuit. Je les ai au fort échauffés pendant longtemps, ce qui a été suivis [sic] d’une fluxion si violente que, pendant 4 jours, je n’étois occupé qu’à essuier l’humeur qui en découloit  et à les bassiner tous les quarts d’heure, le jour et la nuit, et que je n’ai pu supporter la lumière. Mais, à force de soins et de ménagements, cette fluxion s’est dissipée peu à peu. J’assisté depuis quelques jours aux séances et j’espère pouvoir m’embarquer en voyage ; mais je prendrai la poste pour y rester moins. (…)

L’abbé de Rousselot à son neveu Joseph Rousselot, dans Correspondance de l’abbé Rousselot, constituant. 1789-1795, présentation par Anne-Marie Malingrey (Paris, 1992), p. 154.

26 September 1789: flirting with Mme de Staël

Saturday… (…) After Dinner (Madame de Tessé having told her [Germaine de Staël – AE] that I am an Homme d’Esprit) she singles me out and makes a Talk. Asks if I have not written a Book on the American Constitution. ‘Non Madame, j’ai fait mon Devoir en assistant a la formation de cette Constitution.’ — ‘Mais, Monsieur, votre Conversation doit etre tres intérressante car je vous entend cité de toute Part.’ — ‘Ah! Madame, je ne suis pas digne de cet Eloge.’ — How I lost my Leg. It was unfortunately not in the military Service of my Country. — ‘Monsieur, vous avez l’air très imposant.’ And this is accompanied with that Look which, without being what Sir John Falstaff calls the Leer of Invitation, amounts to the same Thing. I answer affirmatively and would have left the Matter there but she tells me that Mons[ieu]r de Chattellux often spoke of me &c. This leads us on, but in the Midst of the Chat arrive Letters, one of which is from her Lover, now with his Regiment. It brings her to a little Recollection which a little Time will I think again banish, and in all human Probability a few Interviews would stimulate her Curiosity to the Experiment of what can be effected by the Native of a new World who has left one of his Legs behind him; but malheureusement this Curiosity cannot now be gratified and therefore will I presume perish. She enters into a Conversation with Madame de Tessé who reproves most pointedly the Approbation she gave to Mirabeau, and the Ladies become at length animated to the utmost Bound of Politeness. (…)

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 233-234.

25 September 1789: taxes & patriotism

(…) Je ne crois pas que l’on crée, à proprement parler, un papier monnaie ; on se contentera d’ériger la Caisse d’escompte en Banque nationale, et les billets auront cours dans les provinces, comme ils ont cours à Paris. Ce n’est plus le centième denier que l’on donner, c’est le quart du revenu une fois payé ; on défalquera les dettes, les impôts, et l’on payera le quart du produit net. C’est une taxe très extraordinaire ; malheureusement la nécessité des affaires l’exige ; il faut 400 millions pour se trouver au pair de la recette de la dépense. On assure qu’ensuite le peuple sera délivré de quelques impôts… (…) Il est certain que si l’on peut réussir à mettre un juste équilibre entre la recette et la dépense, et à obtenir les 400 millions tant sur le quart du revenu que sur les dons patriotiques, que tous les citoyens s’empressent d’offrir à l’envi, la France sera plus heureuse qu’elle ne l’a jamais été. Mais si, chaque individu se concentrant dans un vil égoïsme, l’on refuse de venir au secours du gouvernement, tout est perdu. Le trésor royal est à sec ; il n’y a pas seulement assez d’argent pour payer les troupes. Tu sais que je destine mon traitement de député à acquitter l’impôt du quart de mon revenu. Je n’ai pas à présent 8.000 livres de rente ; aussi, en donnant cent louis, je payerai magnifiquement. (…)

Marquis de Ferrières to his wife, in Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 155-156.

24 September 1789: Necker gives a speech

(Versailles)

M. Necker est venu ce matin à la séance ; il a été reçu avec l’intérêt et l’empressement qu’il inspire toujours. Malgré les préventions qui existent contre lui et malgré beaucoup de fautes, sa loyauté, sa probité, son exactitude, son amour de l’ordre et de la justice commanderont encore longtemps le respect et l’admiration des hommes les plus prévenus contre lui.

Analyser son discours ne serait pas chose facile, le juger serait chose peut-être indiscrète. Cependant il me semble qu’on peut dire que son travail ne présente que son travail ne présente que très peu d’idées neuves, peu de grandes vues, mais qu’il a ce qu’il faut pour le moment, c’est-à-dire les moyens de rétablir très proprement le crédit national, de fournir des secours prompts et nécessaires et d’empêcher la cessation des paiements. (…)

Il a été arrêté que ce plan serait renvoyer au comité des douze pour être examiné et en faire rapport samedi prochain. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 363-364.