4 August 1792: the shadow of Charles I

(…) Nous touchons aux plus grands événemens dont on puisse jamais être témoin. On est menacé de tout ce qu’il y a de plus sinistre. Demain, peut-être, commencera la guerre civile. Hier, plusieurs députés, ensuite le maire Pétion, au  nom des 48 sections de Paris, et après eux les scélérats de fédérés marseillois, qui avoient été admis à l’Assemblée nationale, demandèrent qu’on décrétât sur-le-champ la déchéance du Roy et l’exclusion totale de la dynastie actuelle. Un député voulut prendre la défense du monarque ; un fédéré le menaça de son sabre ; il se tut et prudemment le président [Jean-François-Honoré Merlet] leva l’Assemblée. De sorte qu’il est évident qu’aujourd’hui ou demain les scélérats décréteront cette déchéance. Je ne saurois vous exprimer l’indignation dont hier les honnêtes gens étoient saisis. Ils ne souffriront jamais qu’on détrône ainsi leur Roy, qui n’a jamais eu d’autre tort que celui d’être trop bon. Il y aura certainement ici du sang répandu à ce sujet, avant que les Prussiens arrivent pour le rétablir sur son trône, car la première chose que feront les monstres, sitôt qu’ils auront rendu leur abominable décret, sera de le chasser du château des Tuileries. On ne seroit même pas étonné qu’ils n’entreprissent de renouveler les horreurs exercées contre Charles I. Il existe dans la Garde nationale un bon nombre d’honnêtes gens, auxquels se joindront les fidèles sujets du Roy, qui paroissentbien disposés à sacrifier leur vie plutôt que de laisser consommer cette abomination. Ainsi les députés doivent trembler, s’ils rendent leur décret. Mais, malheureusement, la canaille les soutiendra et s’en fera un prétexte pour égorger les citoyens et piller les maisons. Voilà ce qui est à craindre, et à quoi pourtant on va se trouver exposé malgré soi. Cette populace n’a plus de frein qui la retienne ; elle ne croit pas plus aux hostilités prochaines que s’il n’y eût jamais eu de préparatifs ; elle traite de mensonges tout ce qui se dit à cet égard et ajoute qu’au surplus 200.000 hommes seront en huit jours exterminés par quatre millions de citoyens armés. Tels sont les raisonnemens de tous les Jacobins et de leurs adhérens ; et ce qu’il y a de bien singulier, c’est que cet aveuglement a lieu dans les provinces comme à Paris.

Que ne pouvons-nous par les souhaits les plus ardens transporter ici en 24 heures les armées qui viennent à notre secours ! Jamais leur assistance n’a été si urgente. Mais tous les voeux à cet égard sont impuissants. Ce ne peut être que du 20 au 25 qu’elles peuvent nous délivrer… (…)

De M. Raclet à Mme de Thomassin-Mandat, à Saint-Dizier. In: Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 529-530.

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