27 August 1789: from the Declaration of Rights to debt

Versailles…

Enfin la déclaration des droits est terminée, et, quoiqu’on ait proposé plusieurs articles à y ajouter, l’Assemblée a arrêté qu’elle ne s’en occuperait qu’après que la constitution serait finie.

On a lu une adresse de la province de Touraine, qui fait une offre patriotique pour venir au secours de l’État, et qui garantit le paiement des impôts actuellement établis. On a arrêté que cette adresse serait imprimée et envoyé incessamment dans toutes les provinces.

(…) Cette très importante discussion [about the work on the Constitution – AE] a été interrompue par la lecture du mémoire envoyé par M. Necker, qui annonce que l’emprunt des 30 millions est manqué ; il propose d’y en substituter un nouveau de 80 millions, dont moitié en argent, moitié en effets royaux, ce qui réduit cet emprunt à 40 millions effectifs.

Il engage ensuite l’Assemblée à s’occuper de la perception et du recouvrement des impôts actuels, du rétablissement de l’ordre dans les finances, et il emploie des considérations très puissantes, soit du bien public, soit de l’intérêt personnel de l’Assemblée, pour qu’elle donne tous ses soins à ces importants objets. (…)

Dès que le mémoire a été lu, l’esprit des différents partis de l’Assemblée s’est manifesté. (…)

Malgré tant d’oppositions, l’évêque d’Autun a proposé de voter sur-le-champ l’emprunt et de s’en rapporter pour le mode au pouvoir exécutif, mais il a fait sentir en même temps qu’on ne devrait pas espérer de la voir rempli si on ne rassurait les créanciers actuels de l’État sur le sort de leurs créances en capitaux et intérêts.

Après diverses réflexions plus ou moins fortes, l’avis de la motion de l’évêque d’aucun a été adopté unanime ; ainsi l’emprunt est voté, et sur le mode on s’en rapporte entièrement au ministre. Ainsi la dette est consolidée définitivement, et il ne reste plus qu’à l’examiner et à en fixer la quotité. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 315, 317-318.

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26 August 1792: arrests, rage against property, the royal family in danger

Paris, rue Saint-Lazare, n. 8…

(…) Paris dans ce moment-ci est assez tranquille. L’on arrête tous les jours des personnes qui sont inscrites sur la liste civile et par conséquent sont coupables et courent le risque d’être punies de mort. Les prisons sont pleines de ces gens-là ; on en guillotine presque tous les jours. Il paroît que la Convention nationale aura lieu, du moins d’après ce que nous disent les papiers. Ainsi, c’est une nouvelle Constitution. (…)

Le peuple est ici extrêmement monté. Il ne respire plus que la rage de détruire tous les gens qui ont l’air de posséder quelque chose. On ne laisse sortir personne de [Paris]. Je vais cependant faire  mon possible pour obtenir un passeport pour aller vous voir et de là chez moi, espérant vivre tranquille s’il est possible.

On a fait des estampes infâmes sur la famille royale. On se permet des écrits qui exposent la vie libertine de la Reine avec nombre de personnes attachées à la Cour, et on joint à cela des estampes qui font frémir d’horreur…

L’on a annoncé la prise de Longwy [par l’armée prussienne]. La nouvelle vient d’en être confirmée à l’Assemblée nationale. L’on craint qu’il ne se fasse encore quelques insurrections au sujet de la famille royale. Il faut absolument la tête des chefs, [ce] qui, je crains, commencera par le Roy…

(…) Tout le monde, à ce qu’il paroît, désireroit abandonner la capitale. Mais l’on accorde des passeports très difficilement. II y a même beaucoup de sections qui ne veulent pas en donner. L’on vole tous les jours dans les hôtels. Trois personnes se sont transportées dans une maison faubourg Saint-Germain, et ont volé toute la maison. C’est tous les jours la même répétition…

De M. d’Huganneau à M. Babaud de Lafordie, à Confolens. In Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 542-544.

25 August 1797: Bonaparte in ‘La France vue de l’armée d’Italie’

Nous avons lu les deux premiers numéros d’un journal français imprimé à Milan intitulé La France vue de l’armée d’Italie. C’est Harmand de la Meuse qui nous l’a prêté en en faisant l’éloge. (…) Ce nouveau journal nous parle de Bonaparte et, comme tout ce qui regarde ce grand général, est infiniment piquant. Ici, on cherche avec intérêts ce qui peut nous faire connaître son âme et ses talents. Dans l’éloignement où nous sommes, dans l’opposition des opinions de l’esprit de parti, au milieu des nuages qui interceptent la lumière, on est bien aise d’en saisir un rayon direct et la vérité est si précieuse par sa rareté qu’on est bienheureux de la pouvoir attraper. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien à Milan, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p. 389-390.

24 August 1789: most deputies should shut up, Ferrières says

Versailles… (…) Il n’y a rien de nouveau. Nous marchons toujours doucement et assez mal. Il y a des cabales qui mènent tout, contre le bon sens et la volonté de la plus grande partie de l’Assemblée ; mais il en est ainsi dans les corps trop nombreux. (…) Nous finissons, à force de sottises, par perdre toute considération. Ce n’est pourtant pas nous qui faisons les sottises, mais une cinquantaine de cerveaux exaltés, qui n’ont pas la plus légère idée de ce que c’est que constitution, gouvernement, et qui cependant croient tout savoir.

(…) Il n’y a pas d’apparence que nous passions l’hiver à Versailles ; mais, de savoir au juste le moment que nous partirons, cela est impossible ; nous vivons au jour la journée ; bien des gens commencent à se lasser de nous, et la plupart de nous sommes encore plus las, plus rebutés des États, qu’ils ne le sont eux-mêmes. Il pourrait fort bien arriver que tout ce que l’on a fait n’eût aucune exécution ; et voilà ce que c’est d’être allé au delà du but, tandis qu’il était si facile d’atteindre. (…)

D’Epremesnil est à l’Assemblée ; il ne parle point ; tu dois voir par les journaux que ce sont toujours les mêmes qui parlent. Ah ! que la plupart feraient sagement de se taire, et de nous épargner l’ennui d’entendre répéter sans cesse les mêmes choses, dans un mauvais style, dépourvu d’idées. (…)

Marquis de Ferrières to his wife, in Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 138-139.

23 August 1789: tolerance and its wording, or Was Mendelssohn a criminal?

(…) C’est au milieu d’un vacarme affreux, de la délibération la plus orageuse qu’il y ait encore eu, qu’a passé le détestable décret suivant :

“Nul homme ne peut être recherché pour ses opinions, même religieuses, pourvue que, par leur manifestation, il ne trouble pas l’ordre établi par la loi”.

  1. Le moindre défaut de ce décret est de n’être pas français, tel que manifestation, etc.
  2. Le mot même affaiblit nécessairement l’idée.
  3. Qu’est-ce que troubler l’ordre public ? Comment le trouble-t-on en manifestant des opinions ? La liberté de la presse est-elle donc interdite ? Et Mendelssohn serait-il donc un criminel pour avoir écrit en faveur de sa religion ?
  4. Qu’est-ce que l’ordre établi par la loi ? Le trouble-t-on en écrivant contre un capucin ? Est-ce l’ordre actuellement établi ? Est-ce celui qu’on établira ? Mais celui qui existe est très mauvais, puisque deux millions de protestants sont dans l’esclavage et dans l’oppression ; celui qu’on établira ne vaudra probablement pas mieux, l’absurde intolérance de l’Assemblée m’en paraît un presage certain. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 310.

22 August 1792: ‘les hermaphrodites ont fait nos malheurs’

(…) Les ministres, composant le pouvoir exécutif, marchent dans le vrai sens de la Révolution et de l’Assemblée nationale, dans la plus superbe harmonie avec toutes les autorités constituées, présente le plus magnifique tableau de la concorde. Ses tribunes sont ouvertes à tout le monde, plus de billets, plus d’abus, plus de faveur. Un brave citoyen avec une pique ou un brave garde national avec un fusil vous disent : “Passez, madame, à la dernière ou à la première”. C’est un délice, pour une âme un peu élevée, de voir combien cette précieuse égalité donne de la dignité à l’homme.

(…) Je ne puis pas assez vous dire comme la capitale est calme, sûre et tranquille. Ce n’est pas l’avilissement de la servitude comme le lendemain du Champ-de-Mars qui ne sortira jamais de ma tête ni de mon coeur. C’est la douce et bienfaisante agitation d’un peuple libre et le marcher et le parler mâle des véritables hommes qui sentent enfin qu’ils sont des hommes et non des esclaves. Le misérable côté est assez plein mais il est comme le pou pour la laideur et la bassesse. Ils mordent encore sur leur fumier quand ils osent (…) La Convention nationale est déjà décidée par l’opinion publique devoir être composée de la fleur des Français. Le canon des Tuileries la rendra aussi bonne que le canon du Champ-de-Mars nous avait rendu celle-ci mauvaise. Enfin, on s’attend à n’avoir que des incorruptibles et des Mirabeau. Point d’êtres faibles, les hermaphrodites ont fait nos malheurs. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien à Romans, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p.182-183.

21 August 1789: human body and atheism in the Assembly

Il est arrivé au projet adopté pour base de délibération ce que j’avais prévu ; c’est bien le même projet, mais il n’en restera ni le préambule ni le les détails. (…)

M. de Laborde, qui a proposé un des projets de préambule, l’avait rempli des principes sur lesquels il croit qu’est établit le mécanisme des actions humaines, c’est-à-dire sur l’organisation du corps humain. Les prêtres ont été infiniment scandalisés ; ils ont crié à l’athéisme ; — peut-être l’accusation était-elle plus aisée à faire qu’à prouver ; — mais ce n’est pas un des moindres défauts de l’Assemblée que son extrême impatience quand on lui dit des choses qui lui déplaisent. Il est impossible à beaucoup de gens d’attendre qu’une phrase soit finie pour y répondre ; des murmures s’élèvent de différentes parties de la salle, et on ne laisse à personne le loisir de réfuter ce qu’on regarde comme une erreur. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 305, 307.

20 August 1790: the affair of Bonne-Savardin – mediocrity of philosophers – insurrection

(…) L’abbé de Barmond est enfin arrivé. Il parut à la barre de l’Assemblée. Je t’envoie son discours, il le prononça d’un ton modeste et ferme. La séance fut orageuse, très orageuse. Tu en verras le détail dans le Moniteur ; quoique démocrate, ce journal est exacte. (…) Le côté gauche s’efforce de donner une grande consistance à cette affaire, et cela, pour détourner l’attention publique de la procédure du Châtelet, et de l’attentat du 6 octobre. Les journaux hurlent contre l’abbé de Bramons, contre Bonne-Savardin, contre Saint-Priest.

Nos camarades de chambre ne sont point avec nous ; ils viendront au commencement du mois prochain ; nous mangerons ensemble. Cela fera société. Je vais toujours chez Mme du Bocage. J’y vis hier le grand astronome, M. de Lalande. C’est un petit homme de mauvaise mine ; tous les fameux philosophes sont de pauvres gens ; les réputations sont bien trompeuses.

(…) L’insurrection continue dans les régiments. Le comte de Mirabeau a proposé ce matin de licencier l’armée, et de la recréer ; c’est le seul parti raisonnable. Cette motion a été renvoyé au comité militaire. (…)

La petite Constitution enfantée par Target aura de la peine à vivre jusqu’à la majorité du nouveau citoyen que nous attendons. En tout ces, s’il ‘est pas membre du corps législatif, il sera membre du pouvoir exécutif, cela revient au même. (…)

Marquis de Ferrières to his wife, in Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 266-268.

19 August 1789: bread shortage, decrees, & militia

…Nous manquons totalement de pain ici, ma chère amie ; depuis aujourd’hui, on en coupe par morceau. Il y a force gardes chez les boulangers. Le peuple dit qu’on le trahit. Enfin le feu est sous la cendre ou, pour mieux dire, sous la farine. Un rien peut enflammer de nouveau un peuple déjà irrité. On a pris de sages précautions pour faire partir les ouvriers assemblés à Montmartre ; on leur donne 4 sols par lieue et on les renvoie chez eux sous escorte. Il faut espérer que cela pourra s’effectuer. On est embarrassé ici comme ailleurs pour les ordres. Le Roy et les ministres n’en donnent presque pas ; les seuls qu’on puisse suivre sont ceux émanés de l’Assemblée nationale. On est occupé à fixer et finir le code des droits de l’homme. L’intention est d’avoir fini le mois prochain. L’emprunt à 4 1/2 n’allant pas du tout, l’Assemblée a remis le pouvoir à M. Necker de le changer, de l’étendre, d’en rendre les conditions plus favorables aux préteurs.

Partie des Gardes françoises ont endossé l’habit de la milice bourgeoise et sont rentrés dans leurs casernes, tambours battans, conduits par les officiers choisis dans les districts. C’est sur cette milice bourgeoise que la tranquillité de cette ville repose uniquement ; c’est par elle qu’on va parvenir à renvoyer successivement à leurs régimens le rebut de l’armée françoise, qu’on ne veut point engager ici et qu’on amuse en attendant la parfaite composition de ce corps, qui lui-même sera difficile à discipliner intérieurement… (…)

Le comte de Seneffe à Mme de Doué, sa soeur, à Moulins, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 144-145.

18 August 1789: Mirabeau’s version of the Declaration of Rights discussed

Après la lecture des procès-verbaux, on a commencé la discussion de la déclaration [des droits de l’homme] lue hier par M. de Mirabeau. (…)

Toutes les discussions prouvent que la déclaration lue par M. de Mirabeau a été mal accueillie ; on l’a trouvée la plus mauvaise de toutes celles qui ont été présentées à l’Assemblée, et, soit qu’il n’ait pu se livrer à son génie parce qu’il était gêné par ses collègues, soit qu’il ne l’ait pas osé parce qu’il craignait l’Assemblée, il est certain qu’il est infiniment au-dessous de lui dans ce travail.

Il l’a bien senti, et, dans le cours des opinions, il n’a pas manqué de l’avouer ; il a dit, ce qui me paraît éternellement vrai, que toute déclaration de droits serait mauvais qui ne porterait pas sur ce grand principe, que l’homme n’entre en société que pour acquérir et non pour perdre, vérité développée il y a vingt ans pas l’ami des hommes, et sur cet autre principe non moins certain, que la société n’est que le résultat d’une convention libre.

Le vicomte de Mirabeau est celui qui a le plus méchamment critiqué son frère… (…)

La discussion continuait, personne ne s’entendait. Les uns voulait qu’on délibérât sur la déclaration lue par M. de Mirabeau, d’autres qu’on la rejetât à l’instant, quelques-uns regrettaient qu’on eût arrêté de faire une déclaration. (…)

Après quelques discussions encore, l’Assemblée a arrêté qu’elle se retirerait en bureaux pour choisir, entre tous les projets de déclaration, celui qui pourrait servir de base à la discussion. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 296-298.