4 July 1792: “Oh ! les vilains François ! Ils sont plus méprisables que la boue”

(…) On nous menace pour le 10 de ce mois ; la fédération, le 14 [juillet]. Notre vertueux maire nous a fait  mettre des affiches au coin des rues, pour exhorter à tenir ferme et opposer la tranquillité à l’insurrection, que nos magistrats veilleront à notre sûreté, qu’alors se découvriront les bons patriotes et les adorateurs de la sainte Constitution. (…)

On vient d’ôter toutes les cloches des couvens de filles, sous le prétexte de faire des sols, mais bien, à  mon avis, pour, s’ils mettent le feu, qu’on ne puisse sonner le tocsin pour avoir du secours. Voilà la jolie position où nous sommes.

Il y a six mois que vous n’êtes venu à Paris. Que vous y trouveriez de changement ! Tout le monde a l’air triste. En s’abordant, on se demande des nouvelles, craignant d’en apprendre. Il arrivera tout ce qu’il plaira à la Providence. Mais, à moins d’être à ne pouvoir faire autrement, je ne quitterai pas Paris. Voilà qu’il est question de supprimer les notaires et faire brûler leurs études. Alors que deviendrions-nous ? Je compte, cependant,  me prémunir d’un passe-port à tout événement. Mais Dieu m’a mise ici ; je crois qu’il faut y rester.

Je ne puis vous dire les horreurs qui se disent en propos dans les cafés et les groupes contre le Roy, la Reine et les ministres, parce que ce n’est pas des Jacobins. Cependant, le sang-froid et la fermeté du Roy lui ont acquis bien des partisans. Mais ce sont des âmes honnêtes, et que peuvent-elles contre des scélérats à qui rien n’est sacré ? Le jardin des Tuileries est fermé. On le trouve mauvais, et lorsqu’on ouvre une porte, pour laisser passer quelqu’un, il se fourre des groupes pour aller chanter sous les fenêtres. Oh ! les vilains François ! Ils sont plus méprisables que la boue. (…)

…de ma vie, je n’ai regardé de si près, heureusement sans pourtant mourir de faim. Mon cuisinier, qui est de votre connoissance, ménage  comme si c’étoit à lui. Je vous assure que, dans ce moment, c’est un bonheur. Je voulois vendre mes chevaux ;  mon notaire  me dit d’attendre deux mois. Mais si vous voyiez combien il y a de gens ruinés ! En vérité, cela fait trembler !…

Mme de Nermont à M. Désilles, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 509-511.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s