1 July 1791: the Revolution has just started

(…) Nous venons de passer la plus belle époque pour la liberté, sans qu’on l’ait mise à profit avec la sagesse et la vigueur désirables dans les circonstances. Cependant l’avenir est gros d’événements ; nous ne faisons que commencer la Révolution, et nous sommes encore à la veille d’une nouvelle crise. Le Roi est suspendu et détenu par le fait, mais on n’a pas osé prononcer l’un et l’autre ; il s’ensuit qu’on ne se presse pas d’organiser le pouvoir exécutif d’une manière durable, et que le prisonnier n’est pas tellement gardé qu’il ne puisse communiquer avec qui lui plaît. On s’est contenté d’exprimer que l’on continuerait à se passer de sanction. Le seul triomphe qu’aient obtenu les partisans de la bonne cause a été de faire décréter que le gouvernement du Dauphin serait choisi hors de l’Assemblée. On parle beaucoup de Condorcet, qui n’est pas sans mérite, mais c’est un intriguant, et ce caractère n’est point recommandable. On ne doute pas qu’une partie de l’Assemblée nationale ne parte aux premiers jours ; déjà les Noirs les plus fameux ne paraissent plus aux séances. La Reine médite des vengeances, et l’une ne sait ce qui peut arriver. On marche au milieu des pièges, et l’on ignore, en mettant le pied sur le gazon, s’il n’y a point de fosse creusée par-dessous. Le Roi est tombé au dernier degré d’avilissement : il s’est montré à nu par son équipée, il n’inspire que du mépris ; on a effacé de partout son nom, sa figure, ses armes ; les notaires ont été obligés d’enlever les écussons fleurdelisés qui désignaient leurs maisons ; sa personne n’a plus d’autres dénominations que celles de Louis le faux, ou du gros cochon ; des caricatures de toute espèce le présentent sous les emblèmes, non les plus odieux, mais les plus propres à nourrir et augmenter le dédain. Le peuple se porte de lui-même à tout ce qui peut exprimer ce sentiment, et il est impossible qu’il revoie jamais sur le trône un être qu’il méprise aussi complètement. (…)

Mme Roland à Bancal, à Clermont, in Lettres de madame Roland : [1780-1793], publ. par Claude Perroud, vol. 2, Paris, l’Imprimerie nationale, 1902, p. 315-316

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