28 June 1789: philosophically speaking

… Les trois ordres de l’Etat, Madame, sont réunis d’hier dans la journée. C’est une bien grande nouvelle et qui doit enfin assoupir un esprit de parti qui commençoit à tenir du fanatisme et troubloit l’agrément des sociétés. Il faut espérer que maintenant ils vont travailler à la constitution qui régira la France et lui évitera les malheurs dont les pauvres habitans des campagnes n’ont cessé d’être accablés.

Philosophiquement parlant, je crois que ces commotions publiques peuvent tourner au bien et à l’élévation des idées de l’homme. Ce n’est que dans des troubles et des guerres qu’on a vu paroître les plus grands génies. Le siècle de Louis XIV, celui d’Auguste ont été ceux des conquêtes. L’agitation où la controverse met nos sens réveille jusqu’au fond du coeur les sentimens les plus honorables à l’homme et les plus utiles à la société : le courage, la reconnaissance, le dévouement à la patrie. Les caractères alors gagnent cette énergie nécessaire aux grandes choses, et quoique ce soit souvent pour produire très peu d’effet, les impressions restent dans l’âme qui les reçoit d’une manière ineffaçable.

Voilà j’espère de la philosophie. La vôtre est plus douce et j’aimerois mieux en recevoir les leçons. Ce seroit joindre l’utile à l’agréable et suivre le délicieux principe de filer la vie sous les doigts de la beauté et des grâces. (…)

Le comte de Seneffe à Mme Beydaels, à Bruxelles, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 132.

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