22 July 1791: Marat and others are arrested, while the order is being reestablished

Depuis dimanche, mon neveu, on a fait bonne garde à Paris, les bandits se sont dispersés et cachés et le calme est parfaittement rétabli. Mais on ne peut assurer combien cela durera. On dit qu’il y a eu bien plus de tués et de blessés que ne portoit le procès verbal, mais la correction n’en sera que plus exemplaire. Les écrivains incendiaires n’osent plus parler depuis trois jours qu’on a fait une loix pour casser leur écritoire. Plusieurs se sont sauvés et, hier, on a arrêté Maras [Marat – AE], un des plus fameux. De nouveaux clubs se forme[nt] et les factieux des Jacobins, qui avoient osé protester contre les décrets du 15 et s’obstinoient à demander la destitution du roi, sont chargés d’ignominie et n’osent se montrer. Tous les jours, il arrive des adresses des départements, qui canonisent la sagesse de ces décrets, qui ne veulent qu’un gouvernement monarchique et détestent la doctrine et la conduite des républicains. (…)

L’abbé de Rousselot à son neveu Joseph Rousselot, dans Correspondance de l’abbé Rousselot, constituant. 1789-1795, présentation par Anne-Marie Malingrey (Paris, 1992), p. 148.

21 July 1789: visiting Bastille that stinks

Tuesday... — This Morning writing. At half past one call on Madame de Flahaut who exprest yesterday a Wish to accompany me to the Bastile. Capellis and the Abbé Bertrand are waiting. Presently after, Madame appears with Mademoiselle Duplessis. We get all together into the Coach of Capellis and go to the Bastile. Some Difficulty in getting thro the Guards notwithstanding my Passport. We meet in the Architect employed in the Demolition an old Acquaintance of the Abbé, who is glad to be useful. He shews us every Thing. More than I wish to see, as it stinks horribly. The storming of this Castle was a bold Enterprize. Return. I bring back the Ladies and leave them at Home. Go to Club and dine. We drink freely and I prevail on the Frenchmen to toast, which in their large Glasses and with very generous Bordeaux, flushes them finely. (…) …I go and spend the Evening with Madame de Flahaut instead of writing, as I should otherwise have done. This Day has been warm but pleasant.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 157-158.

20 July 1790: La Groye is not La Groye anymore

(…) Il avoit été question, ma chère amie, d’apporter quelques changemens au décret du 19 juin qui abolit pour toujours la noblesse, qui supprime les livrées, les armoiries et tous les titres honorifiques : mais je crois qu’on le laissera tel qu’il est sans y rien changer. Le roi ne s’est déterminé que difficilement à le sanctionner ; et depuis la sanction, on a différé encore à le faire paroître dans une forme authentique. Mais enfin il a été revêtu de lettres-patentes imprimées à l’Imprimerie royale et maintenant répandues dans le public. Par ces lettres-patentes, le roi ordonne qu’il sera exécuté, et envoyé pour cet effet à tous les tribunaux, corps administratifs et municipalités. J’attendois cela pour me soumettre moi-même à son exécution. L’article second de ce décret porte qu’aucun citoyen ne pourra prendre que le vrai nom de sa famille. C’est à nous autres législateurs de donner l’exemple d’une soumission parfaite à la loi. Ainsi je vais quitter mon surnom de La Groye, et je te recommande de ne plus distinguer tes fils que par leurs noms de baptême. (…)

François Ménard de la Groye à son épouse, dans Correspondance (1789-1791) (Conseil Général de la Sarthe, 1989), p. 247.

 

19 July 1789: coquins, émeutes, cochon

Versailles…

(…) Enfin tout est tranquille. On dit cependant qu’il y a encore à Paris quelques mille coquins qui murmurent, mais la faim les fera travailler et quitter leurs armes.

On continue de démolir la Bastille. Il y a eu aussi quelques émeutes à Saint-Germain-en-Laye, où une troupe de bandits ont pris un meunier, accusé mal à propos d’avoir caché des grains, et lui ont tranché la tête.

Je regrette bien mon pauvre cochon, et, si j’avais eu l’honneur de le connaître, je pleurerais sa perte comme Catherine ; mais, ne l’ayant jamais vu, je m’en console. Il faut tâcher de le remplacer. (…)

L’abbé Barbotin au Père Englebert Baratte, dans Lettres de l’Abbé Barbotin, député à l’Assemblée constituante, publiées par A. Aulard (Paris, 1910), p. 40.

18 July 1792: ‘the people is as mobile as a wave’

(…) Mon bon ami, ce qui me contraste l’âme jusqu’à la mort, c’est que le pauvre soldat est mené à la boucherie, le loup est berger. Quand toutes les forces ennemies seront en présence, les rois feront un beau manifeste où ils demanderont la destruction des Jacobins et ils mettront la paix à cette chétive condition. Tu juges des clameurs des sots. Je tremble, en vérité, dans l’attente de l’événement et si je ne croyais pas fermement aux prodiges de la Providence, j’aurais peur car il n’y a plus de rempart solide à note Constitution que les Jacobins et le peuple. Or, le peuple est mobile comme l’onde. Il est séduit par les apparences comme par les réalités. Nous courons donc une terrible chance ; en vérité, mon ami, nous pendons dans l’abîme. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils, à Londres, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p. 147.

17 July 1791: sans-culottes, red flag, & women on the Champs de Mars

…dimanche au soir…

…Je comptois vous écrire longuement,  mon cher Désilles, mais cela n’est pas possible. Dans ce moment, il y a une insurrection de gens sans-culottes et autres, au Champ de Mars, qui ne veulent point de Roy. On a publié la loi martiale, déployé le drapeau rouge, ordonné aux honnêtes gens de se retirer chez eux, pour n’être pas confondus avec les rebelles. J’ai entendu tirer trois ou quatre coups de canon. Dans tout ce monde, il y a des femmes. On a [t]ouché en joue M. de La Fayette, on a crié qu’il étoit assassiné ; mais on assure qu’il n’a point de mal. Il est 10 heures du soir, et on bat toujours la générale. Toutes les maisons sont éclairées. Qu’est-ce que nous deviendrons ? Dieu le sait, mais créature humaine ne peut le deviner.

Mme de Nermont à M. Désilles, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p.247-248.

16 July 1791: poor summer, soup, & war

(…) Nous avons ici un temps détestable. On ne saurait sortir. L’été se passera sans que j’aie vu la verdure. Les Tuileries sont fermées. Nous n’avons pas même le droit d’y entrer.

Je vis toujours à mon petit ordinaire : de la soupe, des légumes ; je m’y trouve bien. Marguerite est une bonne fille ; elle est plus sédentaire, et me fait d’excellents potages avec carottes, navets et force herbages.

Les Aristocrates espèrent toujours, et moi j’espère qu’ils seront trompés dans leur attente. Cependant, il serait possible que les ennemis nous attaquent. Le plus fâcheux serait les vexations que cette entreprise attirerait sur les nobles. Du reste je crains peu les progrès des troupes étrangères. (…)

Marquis de Ferrières à Mme de Ferrières, dans Marquis de Ferrières, Correspondance inédite 1789, 1790, 1791, publiée et annotée par Henri Carré (Paris: Librairie Armand Colin, 1932), p. 388-389.

15 July 1791: problems of sovereignty at the doors of the Assembly

(…) …l’accès des Tuileries est constamment interdit au peuple ; des manoeuvres indécentes président à l’admission aux tribunes de l’Assemblée ; des personnes gagnées sont presque les seules qui puissent y pénétrer ; le lieu des séances est environné de gardes nombreuses qui, revêtant pour la plupart le ton et les manières des soldats du despotisme, présentent aux hommes réfléchis l’aspect de gardes prétoriennes à la dévotion d’un fourbe. Les Sociétés fraternelles se sont réunies et présentées à la porte de l’Assemblée pour faire une pétition à la barre ; en attendant la réponse du président, on a fait passer les femmes en dedans de la première barrière, à l’extérieur, et là, les gardes, les environnant, ont dirigé leurs baïonnettes sur ce faible troupeau comme s’il eût été composé de tigres qu’il fallût contenir et immoler. Vous jugez des cris des hommes outrés ; la cavalerie est arrivée et a fait cesser cette scène révoltante ; le président ayant répondu que l’Assemblée ne pouvait écouter la pétition en ce moment : “Retournez lui dire, reprit celui qui était à la tête des Sociétés, retournez lui dire que c’est une partie du Souverain qui demande à ses délégués d’être entendue”. Cette sommation ne valut rien autre que d’être renvoyée au lendemain matin. Le parti espérait fermer alors la discussion qui fut encore continuée. Les Sociétés vont se présenter ce matin ; d’autre part, il se fait un rassemblement au Champ de Mars ; mais Lafayette fait mettre toutes ses gardes sous les armes. Que peut faire une foule, sans moyens que sa douleur, contre une force armée qui suit aveuglément l’impulsion d’un homme ?

Mme Roland à Bancal, à Clermont, in Lettres de madame Roland : [1780-1793], publ. par Claude Perroud, vol. 2, Paris, l’Imprimerie nationale, 1902, p. 328.

14 July 1789: one is happier in the countryside than in Paris

(…) M. Necker a perdu sa place ; il est parti de Versailles sans que personne l’ait su. MM. de la Luzerne et de Montmorin sont aussi disgraciés. M. de la Vauguyon est  nommé au département des Affaires étrangères, M. de Breteuil, aux Finances, et du même temps est chef du Conseil du Roi. M. de Broglie est fait ministre de la Guerre et généralissime des troupes avec plein pouvoir. Dès que ces nouvelles ont été sues à Paris, tout le peuple a couru aux armes ; il s’est réuni aux Gardes françoises et plusieurs soldats de différens autres régimens. M. le prince de Lambesc s’est avancé avec quelques régimens de cavalerie ; il y a eu quelques petits combats et plusieurs  hommes tués de part et d’autre. Le hasard a voulu que je m’y trouve et que je fisse la guerre sans m’en douter. Au reste, je m’en suis tiré sain et sauf. Les troupes se sont retirées à Sèvres. Le peuple actuellement s’enrégimente. On ne peut paroître dans les rues sans une cocarde à son chapeau. On est heureux d’être en province. On y est plus tranquille qu’ici. (…)

De Nicolas-Stanislas Delamare de Crux à M. Bichue, curé d’Agon, près Coutances, in Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 65-66.

13 July 1789: the National Assembly is worrying about Paris

(…) Tous ces discours [on Necker’s dismissal] ont duré trois heures. — A midi et demi, lecture d’une lettre de M. de Villedeuil, qui annonce les premiers troubles de Paris, tout ce qui s’est passé la nuit, et tout ce qui s’annonce pour la journée. — Effroi dans l’Assemblée : silence terrible.

M. de Clermont-Tonnerre recommande le calme et la fermeté. — Il ne faut pas quitter le sanctuaire de la patrie, mais il faut que plusieurs d’entre nous aillent se place entre le peuple qui s’égare et l’autorité qui se trompe, qui s’avilit… (…) — Grand effet.

M. de la Rochefoucauld demande que les députés de Paris aillent à Paris.

M. le comte de Lameth : On n’apportera le calme qu’autant qu’on portera la nouvelle du renvoi des ministres.

Un noble dit que c’est le moment d’oublier toutes les divisions particulières. — Un autre (c’est M. d’Ambly) s’avance niaisement et assure qu’il vient de Paris, que les boutiques ne sont point fermées, qu’il n’y a point de révolte. (Universellement hué.)

M. le duc d’Aiguillon : Ne perdons point le temps en vaines paroles ; — députation prompte au Roi et à Paris. — On dispute sur ce que la députation dira au Roi.

M. Fréteau : L’insurrection va se communiquer dans les provinces, la monarchie est en danger ; prompte députation au Roi. (…)

M. de Montesquiou (sic) et autres observent qu’il est indispensable qu’on apporte à Paris l’ordre de faire retirer les troupes.

Députation de 48 personnes pour le Roi et de 80 pour Paris. Tous briguent l’honneur d’une telle députation. — Il se répand que le Roi va quitter Versaillers. — Quelques personnes parlent déjà tout bas de la nomination d’un lieutenant général du royaume. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 1 (Paris, 1894), p. 196-197.