20 June 1792: armed petitioners in the Assembly

Mercredi au soir, anniversaire du serment du Jeu de paume.

Quel beau jour ! Quel triomphe ! Quelle protection signalée du ciel sur un bon peuple ! Je suis partie après 11 heures, en traversant la place du Carrousel. J’ai vu un triple rang de cavaliers flanqués sur les murs et aux portes du Château, dans toute la longueur de cette vaste enceinte. Un peuple immense de curieux remplissait le reste et foule de là jusqu’à l’Assemblée nationale. (…) Jamais l’Assemblée n’avait été plus brillante et plus majestueuse, pas un vide. Quatre ou cinq mille âmes dans ses diverses parties dans le silence le plus profond ou dans la plus violente agitation suivant le besoin.

Arrive le département à la barre : La Rochefoucauld, Démeunier, etc. Roederer porte la parole, il dit que les rassemblements sont défendus par la Constitution, que celui qui s’avance a été détenu par un arrêté du Directoire, qu’il est sûr que la masse du peuple est pure mais que les malveillants, etc., etc., etc. (…)

Les pétitionnaires à la barre, un orateur – nouveau Cicéron – a déployé une telle éloquence qu’il a fait taire les esprits et a mis au jour des titres si sublimes et des vérités si simples avec une force et logique et de sentiment si impérieusement personnel qu’on aurait voulu que tous les sens fussent changés en oreille pour l’entraîner. Les silence était commandé par l’admiration. Il était profond et majestueux comme le discours. Enfin, il a été couvert d’applaudissements et de bravos qui ont fait retentir les voûtes du Sénat. Bref, l’impression, la mention honorable, l’honneur de la séance pour les pétitionnaires, le passage dans l’Assemblée pour tous les citoyens, ont été décrétés par acclamation.

Tout le peuple était debout. Le vrai souverain a su déployer une vraie majesté. Il a été à passer deux heures, montre en main, dans un ordre, dans une tranquillité magnifiques. On y voyait des citoyens armés de piques, des gardes nationaux, des chasseurs, des grenadiers, des troupes de ligne, des dames, des femmes du peuple, tous mélangés dans le véritable esprit de l’égalité et de l’union fraternelle. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Julien à Voiron, in « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur »: lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris: Belin, 2016), p. 113-115.

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