23 May 1789: poor priests’ solidarity with the third estate

Les Etats généraux sont aussi avancés qu’au moment de notre arrivée. Le clergé et la noblesse sont toujours très attachés à leurs privilèges et ne paraissent pas vouloir les céder. Nos pouvoirs ne sont pas encore vérifiés ni notre chambre constituée, non plus que celle des Communes. On a nommé dans les trois ordres trente-et-un commissaires pour aviser aux  moyens de conciliation. Les conférences doivent  commencer après midi. Si malheureusement on ne s’entend pas dans ces conférences, nous sommes environ cent-vingt curés très décidés à nous transporter à la salle commune avec quelques évêques qu’on dit être au  nombre de sept à nuit, une quarantaine et plus de membres de la noblesse tous de même avis, et nous tiendrons là les Etats généraux, tandis que le haut clergé, qui se déshonore et perd toute l’estime de la nation par son opiniâtreté, et la noblesse courtisane demeureront dans leur chambre, si l’opinion publique ne les force pas de désemparer et de venir nous rejoindre.

Le sacrifice de nos privilèges est tellement attendu du roi, des ministres, de la nation entière que ce serait une bien grande folie de vouloir même faire semblant d’y être attaché.

Les évêques intriguent, cabalent, séduisent, calomnient et le bas clergé et le tiers état, mais il faudra qu’ils y passent. Croirait-on que c’est le bas clergé, le clergé pauvre, qui est obligé de contraindre les évêques chargés de bénéfices et revenus de toute espèce de faire l’abandon d’une partie pour le soulagement du peuple? Les trois quarts et demi du tiers état sont tous bien disposés en faveur  du clergé du second ordre. On sent bien que le haut clergé et la noblesse ne pensent pas de même ; par conséquent c’est aux communes que nous devons nous attacher. Il paraît que l’affaire des portions congrues ne s’agitera pas de si tôt : car il y a tant d’affaires à arranger qu’on ne peut guère espérer d’en finir qu’après un très long temps.  Nous avons beau nous ennuyer à Versailles ; nous n’en partirons pas quand nous voudrons, à moins que des brouilleries entre les ordres ne fassent prendre le parti de la dissolution, ce qui serait le plus grand mal.

(…)

Un député du tiers, insulté par un garde du corps de Monsieur, s’en est vengé en l’appelant en duel, et le garde en fut quitte pour un coup d’épée au travers du corps, qui lui ravit la vie. Le roi et les princes ont défendu depuis aux militaires de la cour d’insulter qui que ce soit des députés, sous peine d’être chassés. On a ici pour nous toutes les attentions possibles. On nous fait voir tout le château sans rien excepter, même les endroits où personne ne va. (…)

L’abbé Barbotin au Père Englebert Baratte, dans Lettres de l’Abbé Barbotin, député à l’Assemblée constituante, publiées par A. Aulard (Paris, 1910), p. 4-6.

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