14 May 1793: privileges & the republican tone in the Salle des Machines

(…) Il y a des tribunes aux deux côtés de la nouvelle salle [de l’Assemblée Nationale] qui étaient destinées à être remplies par billets et qui peuvent contenir quatre à six cents personnes. J’y fus le premier jour, je n’y vis à la mienne, contenant trente ou quarante individus, que des visages aristocrates et des gens qui applaudirent les Barbaroux et Gaudet à toute outrance. J’eus une prise sérieuse quoique modérée avec un voisin administrateur du département de la Meurthe, je lui ai fait honte de son incivisme et mon franc-parler de femme l’a réduit au silence. La citoyenne La Vite et d’autres ont eu de semblables aventures, ce qui prouve bien que les petites tribunes seraient des repaires de contre-révolutionnaires et des suppôts hardis du brissotinage. Le privilège, tout seul, a justement indigné les amis de l’Égalité et le Sénat, qui passe à l’ordre du jour sur les choses sur les choses qui contrarient les vues adroites des méchants qui ont souvent la priorité, n’a pas manqué de ne faire aucun cas de justes réclamations contre les tribunes. Il y a quatre superbes corridors qui y conduisent, deux au premier étage et deux au deuxième. Ces corridors sont fermés aux extrémités par deux portes. La sentinelle est en dedans qui ouvre aux porteurs de billets. Une demi-douzaine de femmes patriotes se sont plantées en faction au dehors des portes, elles ont prétendu, avec la consigne de bon sens, que sous le règne de l’Égalité il ne devait pas y avoir de privilège, si bel et bien et si constamment que toute la journée, les tribunes ont été vides. Les belles aristocrates, les frelouquets arrivaient avec leur billet qui était présenté et les gardiennes le prenaient poliment, le mettaient dans leur poche et leur disaient en souriant ou en prenant le ton Républicain : « Citoyens, citoyennes, l’Égalité qui a été décrétée par le Sénat et sanctionnée par le peuple est une loi si sacrée qu’elle annule tout privilège et ferme cette porte aux billets ». On s’en allait mécontent ou content, il fallait céder. Ces femmes n’étaient pas de ce qu’on appelle la lie du peuple, c’était comme moi, pour la mise et pour le ton, la hardiesse républicaine qui soutient la vérité. J’avais deux billets qu’elles n’ont pas voulu me prendre, entrant en explication loyale avec moi et je leur ai répondu par l’expérience que j’avais fait moi-même de l’abus du privilège qui m’avait placé la veille au milieu de ces aristocrates. Tu sens bien que six femmes à chaque porte auraient été comme six mouches qu’une grosse araignée aristocrate aurait prises dans ses fils avec la plus ingénieuses facilité, si l’opinion publique n’avaient investi nos six fonctionnaires en guenilles de toute sa force et n’eût réuni la massue d’Hercule dans la main des grâces qu’en leur aidant à le porter. On criait bravo de tous les côtés et je t’assure que cette mesure a été si généralement approuvée qu’elle a eu un plein succès. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien à Tarbes, dans « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur » : lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris : Belin, 2016), p. 231-232.

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