13 May 1792: Paris after Mons

Je suis un de ceux qui pensent que nous avons été trahis dans l’affaire de Mons et que les chefs qui commandaient l’attaque n’ont été que les instruments passifs d’une manœuvre infernale enfantée par le comité autrichien. (…)

Il faut avouer que les légers revers que nous venons d’éprouver ont frappé de tristesse les Parisiens, qui ne s’attendaient qu’à des victoires. Je n’ai point partagé la terreur presque générale, mais le massacre des officiers m’a affligé, surtout lorsque j’ai su qu’ils étaient entièrement dévoués à la Révolution. Le bruit de la mort des chasseurs tyroliens faits prisonniers ne se confirme pas ; j’en suis bien aise (le régiment des dragons de la Reine mériterait d’être décimé). Au reste, il paraît qu’il y a eu beaucoup d’exagération dans les détails de cette triste journée. Il fallait voir l’aristocratie, ou, ce qui revient au même, le feuillantisme, laissant éclater sa joie scélérate à travers une tristesse affectée, il fallait l’entendre exagérer nos pertes, notre fuite, notre honte, controuver une foule de nouvelles également faites pour accroître les inquiétudes et le découragement. Le Lycée est devenu une sentine d’aristocratie, le patriotisme n’ose plus y élever la voix. L’on y disait l’autre jour qu’on recevrait au bout de quelques mois la loi des Autrichiens. Quelle lâcheté ! Quelle impudence ! Mais ce triomphe ne sera qu’éphémère, et nous repousserons bientôt sur les traîtres l’épouvante dont ils ont voulu nous environner. Les soldats montrent une ardeur incroyable et l’amour de la discipline qui commence à se rétablir dans nos troupes, nous est le garant d’une victoire certaine. Les intrigants de la capitale ne cessent de déclamer contre les Jacobins ; le projet est formé depuis longtemps de détruire les sociétés patriotiques et les circonstances actuelles leur paraissent propices pour un tel dessein. Cependant, malgré les funestes divisions qui agitent la société mère, ils échoueront encore comme tant d’autres fois, et la honte sera toujours leur partage. (…)

Edmond Géraud to his father, in Gaston Maugras, Journal d’un étudiant (Edmond Géraud) pendant la Révolution, 1789-1793, 3ème éd. (Paris, 1890), p. 282-284:

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