3 May 1792: “Indeed, Robespierre is guilty”

Je veux encore te parler de ce malheureux Robespierre dont la conduite ouvre enfin les yeux à tous les vrais patriotes. Oh ! qu’il m’en a coûté et qu’il m’en coûte encore pour le mésestimer ! Robespierre n’est plus cet homme vertueux, modèle chéri de tous les amis de la liberté…. L’orgueil effréné qui le domine, un amour-propre insatiable, un besoin indomptable de faire parler de lui, peut-être même celui de commander… voilà ce qui le perd, voilà ce qui ternit la grande réputation qu’il s’était justement acquise, mais dont il se rend indigne de jour en jour, quoique à force de flatter le peuple il l’ait aveuglé singulièrement et se soit fait un parti puissant. S’il persiste dans sa faute, il tombera tôt ou tard sous le glaive terrible de l’opinion publique.

En effet, Robespierre est coupable. Si tu sentais combien cet aveu me déchire, combien cette idée m’assombrit et m’afflige ! Je l’avoue, je lui avais prodigué mon estime, mon admiration, je dirai même mon amour. Dans ce siècle d’intrigue et de corruption, j’aimais à retrouver en lui ces traits de vertu, de générosité, de dévouement qui sont si chers à mon coeur. (…)

Autant la bienveillance des Parisiens va croissant de jour en jour pour le Caton de notre siècle [Pétion], autant leur mépris pour Robespierre s’augmente de plus en plus. Cet insensé vendu à ses passions, égaré surtout par un orgueil insatiable de louanges, continue à vomir feu et flamme contre tous nos bons députés. L’on souffre de voir un homme à qui l’on croyait autrefois des vertus et des intentions pures, se livrer à de basses calomnies, à d’indignes mensonges pour perdre des citoyens généreux qui ne cessent, un seul instant, de bien mériter de la patrie, et qui ne répondent à ces méprisables délations qu’en dévoilant les perfides manoeuvres du trop réel comité autrichien, qu’en livrant à la hache du bourreau les tètes coupables de deux ministres, traîtres à leurs serments, aux lois et à la nation, qu’en délivrant l’État de ces prêtres séditieux, engeance exécrable, qui désole nos contrées et menace notre liberté. Tels sont les titres des Brissot, des Guadet, des Yergniaud à l’estime et à l’amour de leurs concitoyens ; tandis que leur infatigable détracteur, ayant déserté le poste où l’avaient placé la confiance et la reconnaissance publiques, s’abandonne, en furieux, à de pernicieuses dénonciations, attentatoires à l’union et à la tranquillité qui doivent régner au milieu de nous. Tels sont les titres de Robespierre à la haine de ses concitoyens.

Edmond Géraud to his father, in Gaston Maugras, Journal d’un étudiant (Edmond Géraud) pendant la Révolution, 1789-1793, 3ème éd. (Paris, 1890), p. 288-290.

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