19 April 1791: Louis’s bad confessions

Vous apprendrez par les gazettes ce qui s’est passé hier matin au sujet du départ du Roy pour Saint-Cloud. Tout étoit prêt, les voitures attendoient dans la cour. Vingt gredins se mirent à crier : « Il ne partira pas ! » A l’instant cent personnes se sont amassées, ont fait l’écho. Le Roy a paru et a crié : « Messieurs, messieurs, point de bruit ! La paix ! Eh ! bien, je ne partirai pas ». Il est rentré chez lui et les voitures sont sorties. En ce moment, le cardinal de la Rochefoucauld, qui comptoit partir avec le Roy, est sorti ; il a été entouré d’une foule de peuple qui lui crioit : « À la lanterne ! » et le conduisoit du côté de la rivière avec deux de ses vicaires généraux. Heureusement qu’il a dit : « Messieurs, laissez-moi donc ! Je vais à l’Assemblée nationale ; je suis un de vos députés ». Sitôt, on a retourné et on l’a accompagné à l’Assemblée. Il eût été noyé s’il n’avoit pas dit qu’il étoit député. Encore, n’en est-il pas quitte. Le peuple lui reproche d’avoir donné avant-hier la communion au Roy dans sa chapelle, n’ayant pas fait de serment,  et au père Lenfant, jésuite, d’avoir confessé Sa Majesté. Et enfin un grand reproche que l’on fait au Roy est de s’être confessé et d’avoir reçu la communion de prêtres non-jureurs. Cependant il en avoit obtenu la permission de M. l’évêque de Paris. Le peuple dit des horreurs et du Roy et du cardinal et de tous les prêtres qui n’ont pas prêté le serment. L’on a insulté M. de la Fayette, qui, hier, le décret à la main qui permettoit au Roy d’aller jusqu’à 20 lieues de Paris, cherchoit à apaiser le peuple et faire partir le Roy. Sa Majesté a été dénoncée à la Nation par le souverain club des Cordeliers. La dénonciation a été affichée six heures de temps ; il a été dénoncé  comme rebelle à la loi, pour avoir recouru et s’être adressé à des prêtres non-jureurs. Les Tuileries ont été fermées tout le jour, hier ; on vouloit forcer les portes, pour aller chasser les aumôniers et confesseurs du Roy et de la Reine, qui y logent. Peut-être aujourd’hui va-t-on faire un carnage de tous les pauvres prêtres. Il est du moins décidé que l’on en souffrira point ici. J’envoie à M. de Choiseul un détail de cette horrible scène. Vous n’avez pas d’idée combien le peuple ici a l’esprit échauffé sur la Révolution. L’on ne voit partout que des enragés prêts à faire d’horribles carnages, criant partout que la souveraineté réside dans le peuple, qu’il ne doit point reconnoitre de maître. Aussi n’écoute-t-il plus ni M. de la Fayette, ni M. Bailly. Il demande qu’on casse ces deux personnages. (…)

M. Dutailly à M. Faivre, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 289-290.

 

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