13 April 1794: “Brutus – poupon”

(…) Vu, hier[,] la femme d’Hector Barère et son joli poupon Brutus. Brutus – poupon, quel disparate ! Cependant, il y en a tant dans les langes grâce à l’empressement qu’on a de donner ce nom à nos enfants républicains. Il faudra bien que l’ombre de Brutus s’accommode de toutes nos grâces françaises et de toutes nos tendresses maternelles quand tous ces Brutus nouveaux seront arrivés à la maturité de l’homme. S’ils ont sucé le lait républicain et qu’ils veuillent imiter les mâles vertus de leur patron, nous n’avons pas de César à craindre ! Hector et sa femme, avec leur cousin, doivent, demain, dîner avec nous. J’aime et j’estime cette petite femme parce qu’elle s’acquitte, à mon goût, des devoirs de la maternité. Avant de quitter les noms romains, il faut que je te félicite de n’en avoir pas pris et que je t’engage à n’en jamais prendre par la raison que c’est un engagement dont peu de personnes sentent l’obligation. Au lieu de se romaniser, on francise les noms qui, par là, perdent toute la grandeur qu’on y attache. Si je voulais faire épigramme, combien j’en ferais passer sous nos yeux qui sont indignes du nom dont ils se sont emparés avec présomption si orgueilleuse ! Mon bon ami, le nom ne fait pas l’homme et l’homme doit faire son nom en s’investissant de toutes les vertus pour le rendre sans taches et pour le rendre digne d’être mêlé avec ceux de tous les gens de bien. (…) Nous sommes, ici, dans un grand calme quoique nous supportions mille privations par la disette des denrées. On se dit : la Convention et le Comité de salut public qui ont toute notre confiance sont de continuels efforts pour vaincre nos ennemis au dehors et an dedans ; le peuple les seconde avec une patience héroïque. Nous attendons bientôt de grandes nouvelles de nos armées qui seront des victoires ainsi. Bravo, vive la République une et indivisible !

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils à Bordeaux, dans « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur » : lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris : Belin, 2016), p. 291-292.

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