21 April 1789: purging a mistress

Tuesday… Employed this Morning in writing. (…) At noon go to the Champs Elisées and walk. A fine Day as was Yesterday but this is preferable as it is a little overcast. Call on Mr. Jefferson to walk but he is not at Home. Meet him returning but he is engaged. Continue my Exercise till three o’Clock. Return Home, dress and go to dine with Gen. Dalrymple. (…) Go late to the Comédie Francaise. Mr. Millet has been purging his Mistress to cleanse her Stomack. She appeals to me to know whether it was necessary and I assure her it was not, her Breath being very sweet. She seems to think that Monsieur phisics her too much. He means it well but she would probably be as well pleased to receive Marks of Affection in a different Way. From the Comedy visit Madame de Chattellux [Chastellux]. (…)

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 48.

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20 April 1791: “Vous parlez de contre-révolution, vous l’attendez, et elle n’arrive pas”

… Je voudrois  comme vous la paix,  mon cher Désilles, mais que nous en sommes loin ! Vous parlez de contre-révolution, vous l’attendez, et elle n’arrive pas. Cependant, tout être pensant la doit désirer. Nous sommes dans ce moment ici dans une crise qu’aucun esprit humain n’eût pu prévoir. Imaginez-vous que toutes nos églises sont fermées, excepté les paroisses où il y a des intrus, que dimanche dernier la moitié des fidèles attachés aux anciens principes ont été sans messe. Beaucoup de couvens de religieuses n’en ont point eue. Vous n’avez pas d’idée de la barbarie avec laquelle on les a traitées. Le scellé est sur leur église, sur leur sacristie. Les couvens d’hommes, tout de même, ce qui  me gênera beaucoup pour mes Carmes qui m’étoient si commodes. Il faut céder à la force. J’eus cependant la messe dimanche, mais ce fut par subtil moyen. J’entrai incognito dans un couvent. Et tous mes gens s’en passèrent.

Lundi le Roy vouloit aller à Saint-Cloud, dit-on, pour faire ses Pâques. Le peuple s’y est opposé et exige qu’il aille à sa paroisse, où il y a un intrus, pour les faire. Enfin,  mon cher, nous sommes pis ici qu’en Angleterre. (…)

Je rouvre ma lettre pour vous dire que le Roy fut hier à l’Assemblée, qu’il a sanctionné la loi civile du Clergé, assuré de sa protection la loi civile du Clergé, et demandé la permission d’aller à Saint-Cloud. Je ne sais si on la lui donnera. Nous sommes au plus mal : plus de subordination. On assure la démission de M. de La Fayette et de M. Bailly. Dieu veuille avoir pitié de nous!

Mme de Nermont à M. Désilles, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 243-244.

19 April 1791: Louis’s bad confessions

Vous apprendrez par les gazettes ce qui s’est passé hier matin au sujet du départ du Roy pour Saint-Cloud. Tout étoit prêt, les voitures attendoient dans la cour. Vingt gredins se mirent à crier : « Il ne partira pas ! » A l’instant cent personnes se sont amassées, ont fait l’écho. Le Roy a paru et a crié : « Messieurs, messieurs, point de bruit ! La paix ! Eh ! bien, je ne partirai pas ». Il est rentré chez lui et les voitures sont sorties. En ce moment, le cardinal de la Rochefoucauld, qui comptoit partir avec le Roy, est sorti ; il a été entouré d’une foule de peuple qui lui crioit : « À la lanterne ! » et le conduisoit du côté de la rivière avec deux de ses vicaires généraux. Heureusement qu’il a dit : « Messieurs, laissez-moi donc ! Je vais à l’Assemblée nationale ; je suis un de vos députés ». Sitôt, on a retourné et on l’a accompagné à l’Assemblée. Il eût été noyé s’il n’avoit pas dit qu’il étoit député. Encore, n’en est-il pas quitte. Le peuple lui reproche d’avoir donné avant-hier la communion au Roy dans sa chapelle, n’ayant pas fait de serment,  et au père Lenfant, jésuite, d’avoir confessé Sa Majesté. Et enfin un grand reproche que l’on fait au Roy est de s’être confessé et d’avoir reçu la communion de prêtres non-jureurs. Cependant il en avoit obtenu la permission de M. l’évêque de Paris. Le peuple dit des horreurs et du Roy et du cardinal et de tous les prêtres qui n’ont pas prêté le serment. L’on a insulté M. de la Fayette, qui, hier, le décret à la main qui permettoit au Roy d’aller jusqu’à 20 lieues de Paris, cherchoit à apaiser le peuple et faire partir le Roy. Sa Majesté a été dénoncée à la Nation par le souverain club des Cordeliers. La dénonciation a été affichée six heures de temps ; il a été dénoncé  comme rebelle à la loi, pour avoir recouru et s’être adressé à des prêtres non-jureurs. Les Tuileries ont été fermées tout le jour, hier ; on vouloit forcer les portes, pour aller chasser les aumôniers et confesseurs du Roy et de la Reine, qui y logent. Peut-être aujourd’hui va-t-on faire un carnage de tous les pauvres prêtres. Il est du moins décidé que l’on en souffrira point ici. J’envoie à M. de Choiseul un détail de cette horrible scène. Vous n’avez pas d’idée combien le peuple ici a l’esprit échauffé sur la Révolution. L’on ne voit partout que des enragés prêts à faire d’horribles carnages, criant partout que la souveraineté réside dans le peuple, qu’il ne doit point reconnoitre de maître. Aussi n’écoute-t-il plus ni M. de la Fayette, ni M. Bailly. Il demande qu’on casse ces deux personnages. (…)

M. Dutailly à M. Faivre, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 289-290.

 

18 April 1793: the persecution of Marat

(…) Marat attend qu’on lui signifie son décret d’accusation pour se présenter au Tribunal révolutionnaire. Il n’est ni trop soutenu, ni abandonné par le peuple. On attend et l’on compte sur la justice. Cet homme extraordinaire, dont le plus grand tort est d’avoir trop raison, est tellement calomnié dans les départements que j’ai peur qu’il ne fasse du mal à cette Montagne sur laquelle siègent tous les vrais amis et les plus chauds défenseurs de la République. C’est le fou du patriotisme. Son coeur est pur[,] mais sa tête est trop exaltée. Il faut de la sagesse et de la mesure pour ne pas prêter le flanc à ses ennemis pour être le digne soutien de ses amis. Dis-moi un peu la sensation que fait, là où tu es, cette persécution. Marat écrit tous les jours et son journal est fort accueilli. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils à Tarbes, dans « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur » : lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris : Belin, 2016), p. 225.

17 April 1792: “une chienlerie exécutée par des sans-culottes”

Monsieur…, la tentative Jacobite à l’occasion des soldats de Châteauvieux a encore échoué, et cette fête soi-disant patriotique, dont on craignoit les suites, s’est passée très tranquillement. Ce n’étoit, au surplus, qu’une mauvaise farce et une chienlerie exécutée par des sans-culottes. Tous les honnêtes gens l’ont désapprouvée ; et cette fois la canaille n’a pas eu beau jeu, parce personne ne s’y est montré et que toutes ces sottises, qui n’ont point de motif et ne remédient pas à tout le mal qui est fait et dont on ne sait plus comment on sortira, déplaisent infiniment aux bons esprits, même aux véritables partisans de la constitution, qui la voient enfreinte tous les jours et l’anarchie se perpétuer sans pouvoir y remédier.

Je pense que le mois prochain ne se passera pas sans qu’on nous ait attaqués, et nous ne serons pas plus sur la défensive dans le temps que nous ne sommes maintenant. Les Jacobins fondent tout leur espoir sur la défection des troupes étrangères : on verra s’ils ont le pouvoir de tout désorganiser et de tout corrompre. Ce n’est pas la volonté qui leur manque, mais bien les moyens ; et puis ce n’est que chez une nation aussi corrompue que la nôtre, qu’on trouve des intrigans et des scélérats en grand nombre pour seconder et faire réussir de sinistres projets.

M. Lefebvre à M. Vanlerberghe, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 453.

16 April 1793: “Parlons politique…”

(…) Parlons politique, si les vertus sont soeurs, les vices sont frères, nous en avons de terribles exemples : Gensonné, Guadet, Vergniaud, Buzot, Brissot, Barbaroux, je vous dénonce la France entière comme les fléaux de l’Humanité. Notre salut est dans la Convention et ces gens n’y font que semer le trouble et la discorde. On ne devrait s’occuper que de la Patrie, ils ne voient qu’eux, ne parle que d’eux ou tiennent langage de ci-devant cour de Dumoriez et tous les traîtres. Les tribunaux sont soudoyés, les Jacobins sont enragés, les Sociétés populaires sont folles, les sections ont le diable au corps et tout Paris a la tête perdue parce qu’il ne se laisse pas précipiter dans l’abîme royaliste creusé par Gensonné, Guadet, Vergniaud. Dumoriez qui a jeté le masque trot tôt pour eux, ne dit-il pas: “Je viendrai avec mon armée soutenir la partie saine du Sénat et renverser la Montagne”? (…)

Paris est parfaitement tranquille, je te le répète pour te faire admirer la sagesse du peuple qui rougit et mugit contre tous les traîtres découverts et à découvrir. On a guillotiné, hier, Blanchelande, gouverneur dans nos îles et fauteur de tous les crimes du despotisme. Il a opéré une contre-révolution, dans le temps, qui a fait couler, à flots, le sang des Noirs et des patriotes. (…)

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils à Tarbes, dans « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur » : lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris : Belin, 2016), p. 224-225.

15 April 1791: the Orléans, or how ideology divides families

(…) Une histoire qui fait beaucoup de bruit dans ce moment-ci, c’est le départ de Mme la duchesse d’Orléans, qui est allée chez son père à Eu. On dit qu’elle a écrit à son fils qu’elle lui défendoit de faire ses Pâques entre les mains d’un prêtre jureur. Il a répondu en membre du club des Jacobins. La duchesse s’en est prise à Mme de Sillery qu’elle a maltraitée. Celle-ci s’en est plainte à M. d’Orléans, qui a écrit une lettre fort dure à sa femme et qui a voulu lui ôter Mme de Chastellux qu’il soupçonnoit de la conseiller. Mme d’Orléans est entrée dans une colère affreuse, a demandé des chevaux de poste, et est partie avec sa favorite.

J’ai demandé hier à  mon Jacobin (qui est M. Sayffert, le plus enragé des enragés) si M. du Portail avoit donné sa démission, parce qu’il en a été beaucoup question ces jours-ci. Il m’a dit : « Non, parce que le Roy a signé sa liste d’officiers généraux, qu’il avoit refusée d’abord. » J’ai dit : « Ce n’est donc pas le Roy qui les  nomme à présent ?» — « Non, parce que le Ministre étant responsable des bons ou mauvais choix, c’est à lui à les faire. » J’ai encore demandé si M. d’Orléans étoit resté sur cette liste, et s’il étoit employé ? On m’a répondu que, voyant dans le Roy une opposition aussi forte, il avoit retiré sa demande…

Nous venons enfin de signer le bail d’une maison que nous allons habiter rue Neuve-des-Mathurins, n° 19. C’est un peu loin, direz-vous ? Mais j’étois si lasse du bruit et de la mauvaise odeur de Paris, que j ai voulu être en bon air et loin des tambours et du mouvement du peuple. Nous allons nous dépêcher de déménager, pour pouvoir partir à la fin de mai pour les eaux. (…)

Mme de Vatre à M. de Givry, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 224.

14 April 1789: an aristocrat arrives to take part in the Estates General

Je suis arrivé,  mon cher Savigny, en bonne santé à Paris… (…) II y a eu de grands mouvemens et peu de chose de nouveau. La confirmation du meurtre de M. de Montserrat et du pillage et incendie de M. d’Oppède est arrivée. Jusqu’à présent il n’y a encore rien de dérangé pour le 27. Cependant l’on croit que la nomination de Paris ne sera point faite à cette époque, et plusieurs personnes m’ont assuré que l’ouverture des Etats seroit différée jusqu’au 15.

J’ai été hier au Club. J’y ai trouvé une grande quantité de députés. Il ma paru que l’on y parloit avec une licence inouïe. Les gens sages écouteront beaucoup, ne discuteront point inutilement et ils ne parleront qu’à propos. Voilà le thème que je me suis fait. (…)

Du Marquis de Sillery à M. de Savigny, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 44.

13 April 1794: “Brutus – poupon”

(…) Vu, hier[,] la femme d’Hector Barère et son joli poupon Brutus. Brutus – poupon, quel disparate ! Cependant, il y en a tant dans les langes grâce à l’empressement qu’on a de donner ce nom à nos enfants républicains. Il faudra bien que l’ombre de Brutus s’accommode de toutes nos grâces françaises et de toutes nos tendresses maternelles quand tous ces Brutus nouveaux seront arrivés à la maturité de l’homme. S’ils ont sucé le lait républicain et qu’ils veuillent imiter les mâles vertus de leur patron, nous n’avons pas de César à craindre ! Hector et sa femme, avec leur cousin, doivent, demain, dîner avec nous. J’aime et j’estime cette petite femme parce qu’elle s’acquitte, à mon goût, des devoirs de la maternité. Avant de quitter les noms romains, il faut que je te félicite de n’en avoir pas pris et que je t’engage à n’en jamais prendre par la raison que c’est un engagement dont peu de personnes sentent l’obligation. Au lieu de se romaniser, on francise les noms qui, par là, perdent toute la grandeur qu’on y attache. Si je voulais faire épigramme, combien j’en ferais passer sous nos yeux qui sont indignes du nom dont ils se sont emparés avec présomption si orgueilleuse ! Mon bon ami, le nom ne fait pas l’homme et l’homme doit faire son nom en s’investissant de toutes les vertus pour le rendre sans taches et pour le rendre digne d’être mêlé avec ceux de tous les gens de bien. (…) Nous sommes, ici, dans un grand calme quoique nous supportions mille privations par la disette des denrées. On se dit : la Convention et le Comité de salut public qui ont toute notre confiance sont de continuels efforts pour vaincre nos ennemis au dehors et an dedans ; le peuple les seconde avec une patience héroïque. Nous attendons bientôt de grandes nouvelles de nos armées qui seront des victoires ainsi. Bravo, vive la République une et indivisible !

Rosalie Jullien à Marc-Antoine Jullien fils à Bordeaux, dans « Les affaires d’État sont mes affaires de cœur » : lettres de Rosalie Jullien, une femme dans la Révolution, 1775-1810, présentées par Annie Duprat (Paris : Belin, 2016), p. 291-292.

12 April 1791: the decline of Paris & virtues

(…)  Paris devient de plus… en plus infâme. Les femmes, et surtout la vertu y est outragée. On fait battre à mort et fouetter les soeurs de la Charité, les Béguines, enfin tout ce qui passoit sa vie à faire du bien, et cela par les raccrocheuses à 2 sols. Les femmes pieuses, qui vont à la messe et faire leurs dévotions dans les couvens pour éviter le schisme des intrus, sont outragées de même. Et la Garde nationale présente ne s’oppose qu’aux meurtres, et regarde la décence et l’honneur  comme rien. Un pays est perdu, quand les femmes sont méprisées, et avilies, et dégradées, en raison de leur vertu et de leur chasteté. Cela désole les gens qui ont des principes d’honnêteté. On dit que c’est le club affreux des Jacobins, dont l’évêque de Lydda est membre, qui a imaginé cette facétie, qui ne prend pas bien dans le public. (…)

M. Fougeret à M. Lecoy de la Marche, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 397.