19 March 1793: somewhat lengthy, but interesting complaint

(…) On meurt de chagrin ici, Monsieur. Les entraves, les voleries, les vexations redoublées font que des gens, qui jouissoient de 40 et 50 mille livres de rente, ne peuvent trouver 3.000 livres à emprunter pour vivre, et vendent leurs meubles pour nourrir de vieux domestiques ou des parens âgés qu’ils seront bientôt forcés d’abandonner. Le peuple meurt de faim, et les mauvais sujets ne vivent que de dénonciations souvent faites sans rime, ni raison, mais qui n’en sont pas moins fatigantes pour ceux qui en sont l’objet. Nos maux sont au comble. S’ils doivent encore s’augmenter cet été,  comme il y a lieu de le craindre, heureux ceux qui sont morts ou qui meurent à présent ! La main du ciel s’appesantit sur les coupables ; mais malheureusement ceux qui ne le sont pas autant partagent les malheurs publics. Ils ont au moins le repos dans leur conscience.

L’enrôlement s’est fait sans accident à Paris, et sans tirer. Des volontaires en nombre suffisant se sont présentés à un prix raisonnable : 150 l. d’engagement ont fait l’affaire. (…)

…je croirois prudent à toutes les personnes, entre lesquelles il y a eu correspondance de lettres même pour affaires, depuis trois ou quatre ans, d’en faire la revue et de jeter au feu ou mettre de côté d’une manière sûre tout ce qui n’est pas nécessaire et purement d’affaires. Dans ces temps de parti, tout est propre à favoriser les haines, et une phrase mal interprétée peut être dangereuse. Aussi  me suis-je fait une loi de ne garder de lettres que celles d’affaires et purement d’affaires.

Les papiers d’hier sont effrayans pour l’intérieur. On a annoncé à l’Assemblée des rassemblemens considérables dans le Bas-Poitou et du côté de Nantes, une ville  nommée Cholet incendiée. Sommes-nous donc réservés à essuyer les horreurs d’une guerre civile ? On a proposé hier dans l’Assemblée la destruction de tous les châteaux qui auront une importance ou une  forme féodale dans leur bâtisse, pour que les matériaux en soient donnés au pauvre pour reconstruire sa cabane. Cela paroît si étrange, que, malgré  mon aspect féodal, je ne suis pas alarmé, mais je ne puis pas dire que cela ne me tracasse pas un peu. Est-ce pour faire déguerpir les châteaux qu’on a dit cela ? Oh !  mon Dieu, quand nous rendrez-vous la paix, la douce paix ! Quand elle nous est la plus nécessaire, elle semble encore nous fuir et tous les honnêtes gens la désirent.

M. Fourgeret à M. Lecoy de la Marche, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 437-439.

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