13 March 1793: stuck in Paris without a passport

J’ai reçu hier au soir votre lettre, ma chère soeur, par laquelle vous m’engagez à aller vous rejoindre. Je désirerois que la chose fût possible ; mais je crains bien de ne le pouvoir pas à cause dés passeports. D’après le regret que vous m’aviez témoigné de ne pouvoir m’engager à aller au mariage de Louise, je n’avois fait aucune démarche pour  me mettre en règle, et aujourd’hui même pour les gens qui y sont, il est très difficile de sortir. Avant-hier, on ne délivroit pas de passeports. Hier, on en a donné fort peu et à des négocians. La fermentation est très forte et très alarmante. Vous devez en juger par les journaux. Les choses paroissent aux gens plus experts que moi  comme elles étoient au mois d’août, et l’on craint sous peu de voir renouveler les  mêmes horreurs que cet été. On arrête beaucoup de monde, émigrés ou autres,  hommes et femmes. Quelqu’un, qui a été la nuit passée jusqu’à 4 heures du matin à la mairie pour sa belle-soeur qui y est retenue, m’a dit qu’il avoit cru reconnoitre dans le nombre des femmes qui y sont Mme de Choiseul-Gouffier, et une autre dont j’ai oublié le nom. On craint fort qu’on ne ferme les barrières au moment du train. On dit que l’on veut faire un mauvais parti au côté droit de la Convention, ou que l’on veut la chasser tout entière pour en rappeler une autre. Le tout semble dirigé pour mettre l’Egalité sur le trône. Joignez à cela le nouveau tribunal, qui doit faire trembler tout le monde. Un homme de ma connoissance a entendu, il y a deux jours, un officier d’artillerie qui se plaignoit de ce que les recrues ne partoient pas ; et l’homme à qui il se plaignoit lui a répondu qu’elles ne partiroient pas que leur coup ne fût fait, et qu’alors, au lieu de 8.000 hommes de Paris, il en auroit trente.

Je vais cependant faire tout ce qui dépendra de moi pour partir, mais je crains que cela ne soit inutile…

M.-L.-M. Le Pelletier de Rosambo à sa belle-soeur, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 588-589.

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