3 March 1792:”… ce qui est ordinairement annoncé n’arrive pas”

Je suis fort aise, mon cher Limoëlan, que vous et vos enfans ayez pris le parti de quitter votre terre, puisqu’on ne vous y laissoit pas en paix. Il n’en est pas moins dur d’être banni de chez soi, et de ne pas être dans le cas de veiller à ses affaires dans un temps où on en a si grand besoin. Dieu voit tout cela ; il aura soin des siens. Je vous suis bien obligée de l’inquiétude que vous voulez bien prendre de moi. Quelquefois je m’amuse à en prendre, mais je la chasse bien vite. Dieu m’a placée ici ; je crois qu’il faut y rester. Je vois tant de monde qui en font autant et qui ont bien plus à perdre que moi, que cela m’encourage. J’ai de bonnes [bons – AE] gens à mon service ; mais en cas d’événement je ne leur vois que des bras ; il faut de la tête ! Tout le monde se dit que, sous peu, il y aura du mouvement à Paris ; je le crains, parce que je l’entends répéter. Mais la raison dit que ce qui est ordinairement annoncé n’arrive pas. Ayant le temps de le prévoir, je suis noire ; mais cela ne m’empêche pas de me confier en la Providence. Elle a pris soin de moi depuis que je suis au monde ; je m’y abandonne…

Mme de Nermont à M. de Limoëlan, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 483.

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