2 March 1791: Mirabeau – man of the hour

J’ai enfin,  mon ami, un exemplaire de Mounier, qui n’est point une contrefaçon. Je vais l’envoyer chez M. d’Agoult avec le Réveil de Suleau, qui vous amusera. Vous devez trouver qu’on se forme beaucoup à Paris ? Voilà trois émeutes ou attroupemens populaires en huit jours. Eh bien ! au moins, on s’y accoutume, car je vous assure que cela ne fait pas ici la sensation qu’on s’imagine en province. L’histoire de lundi a fini d’une manière cruelle pour les bons serviteurs du Roy. Il avoit montré, le jeudi, de la satisfaction de se voir aussi bien entouré de gens prêts à le défendre, si le peuple fût entré dans les Tuileries. Lundi, il y en avoit bien davantage. On a animé toute la Garde nationale contre cette garde volontaire qu’on craignoit. On a arrêté  comme un assassin un ancien militaire qui avoit un petit couteau de chasse collé contre sa  cuisse. Ces messieurs ont profité de ce prétexte pour visiter les poches de tout ce qui étoit dans les appartemens. On s’est emparé des pistolets qui ont été partagés hier matin par la Garde nationale et des cannes à épée. Plusieurs personnes ont été battues, blessées, maltraitées. On cite, entre autres, le pauvre maréchal de Mailly, le duc de Piennes. Celui-ci est noir, dit-on, de la tête aux pieds. Le premier a pensé en mourir. Un  homme de cet âge, aussi respectable ! Ah !  mon ami, que ces horreurs font de mal ! On dit Mesdames toujours retenues à Arnay-le-Duc par la commune qui attend les ordres du département.

Ce qui console un peu dans ce moment-ci, c’est la division qui existe dans les Jacobins. Mirabeau est contre eux. Le voilà dans le département. On espère qu’il va rétablir l’ordre et faire exécuter les lois. Il a déjà dénoncé en quelque sorte les 30 FACTIEUX à l’Assemblée nationale. Cet homme peut nous faire quelque bien, après nous avoir fait tant de mal. Il est dans ce moment l’homme du jour. Tous les voeux, tous les regards se portent sur lui…

Mme de Vatre à M. de Givry, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 221-222.

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