23 February 1790: “Si l’on savoit quel est ici mon genre de vie, je ne recevrois pas tant de lettres”

Samedi, ma chère amie, l’Assemblée continuant à s’occuper du sort des religieux, fit, à cet égard deux décrets.

(…)

Ensuite on s’occupa de deux projets de décrets, présentés par le comité de constitution, et ayant pour objet d’arrêter par des moyens efficaces les désordres qui troublent plusieurs parties du royaume, les excès qui s’y commettent contre les propriétés et les personnes et les obstacles qu’on y met à la perception des impôts. (…)

Tout à l’heure, ma chère amie j’attendais avec un plaisir accompagné d’une certaine impatience le moment où j’espérois recevoir de tes nouvelles. Je reçois en effet tes dépêches… (…) Si l’on savoit quel est ici mon genre de vie, je ne recevrois pas tant de lettres ; on me tourmentetoit moins ; et sur-tout on ne me chargeroit jamais d’aucune commission. Car enfin il ne faut pas m’excéder de fatigue. Je passe mes journées presque sans aucune récréation, étant continuellement occupé, soit aux séances de l’Assemblée, soit à lire ou écrire ; et les jours ne pouvant suffire à mon travail, j’y consacre encore une grande partie des nuits. (…)

Il semble, ma chère amie, que tous ceux qui considèrent l’état présent des choses ne le voient qu’au travers de ces verres qui grossissent ou qui diminuent prodigieusement les objets. Je vois ici beaucoup de personnes qui applaudissent tellement à nos opérations que leur contentement, à cet égard, va jusqu’à l’enthousiasme. D’autres ne cessent de gémir sur les maux actuels. C’est par-tout le médecin Tant-mieux ou le médecin Tant-pis que l’on rencontre. Mon opinion, qui n’a point varié, est qu’après une crise fort longe et fort périlleuse, la France jouira d’un bonheur qu’elle n’a point eu jusqu’ici, et qu’elle prendra peu à peu l’aspect le plus florissant. Je suis persuadé qu’il n’y aura point de banqueroute Paris, quoiqu’on en dise, est dans une parfaite tranquillité. Je vois presque tous les jours M. de la Fayette et M. Bailly ; leur sérénité annonce bien qu’ils n’ont pas d’inquiétude.

François Ménard de la Groye à son épouse Marie-Anne, dans François Ménard de la Groye, Correspondance (1789-1791) (Conseil Général de la Sarthe, 1989), p. 195-196.

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