15 February 1791: the victimes of the Revolution and the social progress

(…) On a… décrété que les maîtrises d’arts et métiers demeurent supprimées et qu’il sera libre à tout citoyen d’établir telles fabriques et manufactures, de faire tel commerce, ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’il trouvera bon, après s’être pourvu d’une patente et en avoir acquitté le prix, laquelle patente contiendra permission d’exercer telle ou telle profession pendant une année moyennant une somme médiocre dont le taux sera déterminée ; et, tous les ans, ceux qui voudront continuer la même profession, seront obligés d’obtenir, à cet effet, de nouvelles patentes.

Je ne parle point de plusieurs autres décrets, moins importans, et d’une multitude d’affaires de tout genre, qui ont, ainsi qu’à l’ordinaire, occupé l’Assemblée nationale.

Mais ne soit point surprise, ma chère amie, du plaisir que je goûte à suivre les travaux de cette assemblée. Quel plus grand spectacle pourroit s’offrir à mes yeux ? Quelles plus importantes délibérations pourroient fixer mes pensées ? Il s’agit ici du sort d’une multitude innombrable d’hommes : il s’agit des destins de la France, non seulement pour le temps présent, mais encore pour les siècles à venir. (…) Sans doute la révolution actuelle fait des malheureux : mais combien les maux qu’elle occasionne sont exagérés ! Combien ne consistent que dans l’imagination ! Je plains ceux qui souffrent, et ceux même qui ne souffrent que par un funeste effet de leurs passions ou de leurs préjugés. Mais à côté d’eux, je vois des milliers d’hommes arrachés à l’infortune. Je vois les campagnes devenir florissantes ; et dans les villes, je vois la classe du peuple, autrefois la plus humiliée, prendre enfin la fière attitude que lui donne le sentiment de ses forces et de sa dignité. Ce peuple, il est vrai, ne s’est pas contenu toujours de justes bornes : il a abusé des premiers momens de sa liberté ; mais il faut lui pardonner des erreurs passagers. Ses tyrans avoient abusé bien davantage envers lui de sa longue ignorance et de sa crédulité. Qu’on découvre par-tout la vérité aux hommes, aux gens du peuple, comme aux autres ; qu’on s’attache à les instruire ; qu’on écarte d’eux l’ignorance et la superstition ; qu’on donne à leurs travaux un juste salaire ; qu’il puissent vivre enfin dans une certaine aisance et je dis qu’ils seront bons, justes, obéissans aux lois ; car les seuls malheureux sont méchans. Le bonheur et la bonté sont toujours unis.

(…)

Aujourd’hui j’ai dîné fort agréablement chez Mademoiselle Fouré, avec Monsieur le curé de Saint-Eustache [Poupart] et Monsieur de Foisy. Combien il seroit à désirer que nos prêtres eussent les vertus de ce bon curé, et qu’ils eussent aussi ses lumières !

(…)

François Ménard de la Groye, Correspondance (1789-1791) (Conseil Général de la Sarthe, 1989), p. 341-342.

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