10 February 1790: Heritage law, Old Regime, & misery

Si vous avez cinq enfans,  mon cher Saint-Luc, ils auront 12 sols de chaque écu que vous leur laisserez. Ainsi le veut l’Assemblée nationale qui n’a pas encore traité l’affaire des testamens qu’elle pourra rendre nuls pour favoriser d’autant plus les cadets du royaume. Bientôt donc les coutumes abolies ! Les poids et les mesures seront rendus uniformes. Bientôt vous ne reconnoitrez absolument rien à l’ancien régime, et vous vous mettrez à l’école nationale si vous voulez savoir quelque chose.

(…) Malgré la joie que l’on s’efforce de faire paroître, l’artisan murmure et voudroit le retour des expatriés dont la présence les aideroit à vivre. Les voilà qui se sentent gourmandés par la misère. Elle est grande et elle doit s’accroître. Gare l’insurrection ! On croit que les Jacobites se divisent et que quelques-uns d’eux pourront se rapprocher des Impartiaux. Il est plus que temps de voir l’union, pour s’opposer aux grands maux dont la France est menacée. La finance est dans l’état le plus déplorable. La loyauté française avoit déclaré que le mot de banqueroute ne seroit jamais prononcé. La faire sans le dire, ou le dire et la faire, lequel vaut le mieux ? Déjà il a été décrété la suspension des payemens des dix-huit mois dus avec assurance des payemens pour l’année 1790. Mais il faut de l’argent, et il n’y en a point ; il faudroit recevoir les impositions, et on ne les acquitte pas ; il faudroit l’assurance du quart des revenus, et on ne s’empresse pas de faire des déclarations. Chacun considère sa fortune délabrée, les espèces sont enfouies, et la grande confiance dans les représentans de la Nation est furieusement altérée ; de sorte que vous pouvez imaginer sans  mon secours ce que tout ceci deviendra. Celui de la Providence seroit nécessaire . Mais l’a-t-on mérité ? Soyons justes, si cela se peut. J apprends que le décret pour les partages des enfans n’a pas eu lieu. On a seulement décrété que les fiefs sont supprimés et que le droit de vol du chapon n’aura pas lieu, mais on reviendra à l’autre.

(…) Les deux frères Agasse, fabricateurs de faux billets de la Caisse d’Escompte, furent pendus lundi par sentence du Châlelet confirmée par l’arrêt du Parlement. Les corps ont été rendus à leur oncle, chef d’un district, qui leur a fait un enterrement fort propre. La régénération oblige d’honorer les pendus. Dieu vous préserve de l’approche des brigands étrangers et nationaux !

Du comte de Quélen à M. le président de Saint-Luc, en son château du Bot, près Le Faou, par Landerneau, en Bretagne, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 39-41.

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