10 January 1792: crying for feudalism, natural resources, & inflation

… Les espèces d’injures que le sieur Caumont a mises dans son exploit d’offres ne  me regardent pas. Il injurie la féodalité. A la bonne heure ! Ce n’est pas moi qui, il y a mille ans, l’ai inventée, et je voudrois bien à présent qu’elle ne l’eût jamais été. Je n’aurois pas acheté bien cher des biens très légaux et qu’il a plu de détruire et d’anéantir sans examen ni réflexion et dans un accès de délire, au milieu d’une nuit bien orageuse, et que l’Assemblée constitutionnelle pleure à présent bien amèrement, depuis que les membres tranquilles ont réfléchi à leurs opérations.

Tâchez de conserver votre courage et d’en inspirer à Mme Lecoy. Les propos, les menaces ne sont souvent que du vent. Restez cois, ne faites point de poursuites, n’excitez en rien l’étincelle…, évitez les propos et les lieux publics. La Providence, après cela, est tout ce qui peut sauver et la France et chacun des individus qui l’habitent. Imaginez-vous que la folie et l’extravagance sont au comble. Le manque de fonds, l’engourdissement des ventes des biens du Clergé, et les dépenses pour la guerre d’un autre côté ont fait proposer la vente de toutes les forêts royales et du Clergé. Si cela a lieu, dans deux ans plus de bois de construction, de charpente, ni de corde dans toute la France ! On dit qu’hier au soir, à propos de la Haute-Cour nationale sur laquelle les Jacobins veulent ôter au Roy le veto que lui donne la Constitution, il y a eu un bacchanal infernal. Les tribunes y ont injurié le Roy, crié qu’il n’en falloit plus ; enfin l’on s’est donné des coups, et l’on dit que des députés en ont reçu.

(…) Je vous préviens que toutes les denrées et marchandises augmentent ici sensiblement. Ainsi, faites provision de tout ce qui est d’un usage journalier. Les souliers, bottes, papiers, harnois, fers, tout augmente à un point extraordinaire, et si vous aviez de l’argent, c’est-à-dire des assignats, du fer, du vin, du chanvre, enfin tout seroit bon à emmagasiner, surtout  du fer en barre que vous pourriez faire acheter ou aller acheter dans les mines du côté du bien de M. des Florins, je crois, à Tannerre. L’avoine monte et le blé va monter, à ce qu’on assure. Cent livres d’écus coûtent 137 à 138 d’assignats.

M. Fougeret à M. Lecoy de la Marche, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 415-417.

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