27 December 1790: criticism of the Civil Constitution of the Clergy & more general lamentations

Vous  me laissez l’espoir, Madame la comtesse, de vous voir aux Rois. Je vous jure que j’en aurai une vive joie. Mais en aurez-vous de nous trouver toujours dans l’attente du lendemain, espérant qu’il sera meilleur que celui où l’on est ? Pour moi, je n’attends plus rien de bon. Le Roy a sanctionné hier matin la constitution du Clergé, sans attendre la réponse du Pape, et de plus a écrit une lettre à l’Assemblée de la plus grande confiance et adhésion pour la nouvelle constitution… Si jamais il y a un martyr!… Nous voilà dans les horreurs d’une guerre civile, qui fera couler bien du sang. L’on va, dans la huitaine, obliger le Clergé et surtout ceux de l’Assemblée à prêter le serment. Ils n’en feront rien. L’évèque de Clermont, l’abbé Maury ne céderont pas. Le cri de leur conscience est fortement prononcé dans leurs âmes ! Attendons et vivons au jour la journée !

(…) Où aller pour n’être pas témoin des horreurs qui se passent et se passeront sous nos yeux avec l’anarchie et le désordre dont nous sommes environnés ? Pour moi, je ne puis jeter les yeux autour de moi sans que la douleur ne s’empare de  mon àme. Que faire avec trois garçons dans le militaire actuel, toujours sous le couteau, sans espérance d’avancement ? Et quel service pour la noblesse, dans quelle servitude ! Ecrasés par de nouveaux venus, despotes, tyrans, même ; plus de liberté ; l’on dépend d’un tas de vagabonds qui, sur la moindre déposition, vous font arrêter, enfermer ; non, jamais nous n’avons été traités avec ce despotisme. Chacun faisoit, disoil, alloit, revenoit sans rendre compte de ses actions. Actuellement, bon Dieu, que nous sommes malheureux ! Heureux et bien heureux ceux qui quittent la France ! Si j’avois de l’argent, j’en terois bien autant. Mais il faut aller  comme l’on peut… Enfin, malgré que  mon âme soit si noire et qu’elle vous fasse un tableau désagréable de Paris, venez-y que j’aie le plaisir de vous voir. Tous mes hommes vous offrent leurs hommages respectueux…

La comtesse de Valon d’Ambrugeac à a comtesse de Bussy, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 208-209.

Image: « Danse aristocrate. Il ne sait sur quel pied danser. » Caricature anonyme de 1790 montrant le cardinal Maury sur une corde raide tenue par le diable habillé en bouffon, encouragé à gauche par deux aristocrates et harcelé à droite par deux membres du tiers état.

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