11 December 1789: can a deputy be a journalist?

Une scène d’une espèce nouvelle a eu lieu à l’Assemblée ce matin. On a fait des plaintes sur la manière dont l’affaire de Toulon était énoncée dans le procès-verbal. Ces plaintes s’apaisaient, lorsque M. de Bonneval est monté à la tribune ; son apparition a occasionné du bruit, il a fallu un décret qui lui permit de parler. Lorsqu’il a obtenu la parole, il a dénoncé le comte que rend le Journal de Paris de la même affaire, compte en effet très partial et très faux, puisque l’auteur y dit que, quoique le décret ordonne que les officiers arrêtés par le peuple soient mis en liberté, cependant il ajoutait qu’lis seraient toujours en garde à vue. Enfin la rédaction tend à inculper ces officiers, coupables, je crois, d’indiscrétion, mais probablement pas criminels. M. Garat le jeune est le rédacteur de cette partie du Journal, et il faut bien observer qu’il n’a jamais eu de caractère qui celui du plus fort. Avant la réunion des ordres, il persiflait assez amèrement la force d’inertie des communes, etc., etc. Quand le parti du Roi paraissait le plus fort, il devenait royaliste. Depuis le mois de juillet, et surtout dans ces derniers temps, les résultats qui passent à l’avis des hommes exagérés sont toujours parfaits, les autres détestables ; il inculpe toujours, non seulement les résultats qui lui déplaisent, mais les intentions mêmes de ceux qui les font adopter.

L’abbé de Bonneval, frère de M. de Bonneval arrêté à Toulon, avait quelque droit sans doute de s’en plaindre. Cependant il avait fait une étourderie à mon gré, en coupant l’ordre ordinaire des séances par une affaire qui, paraissant n’intéresser que des particuliers, semblait devoir être renvoyée aux séances du soir. Il est vrai que l’abbé de Bonneval paraissait aussi rendre cette affaire plus généralement intéressante en accusant M. Garat d’avoir falsifié les décrets de l’Assemblée nationale ; mais c’est précisément cette accusation qui était cause qu’on l’écoutait avec l’impatience dans cette partie de la salle que mille raisons rendent toujours plus forte que l’autre. Il a été obligé de quitter la tribune sans pouvoir parler.

Dufraisse du Cheix a profité de cette occasion pour proposer qu’il fût défendu à tout membre de l’Assemblée de faire un journal sous peine d’être expulsé. Mon opinion sur les journaux n’a pas changé : je crois qu’ils nous ont infiniment nui, mais encore je crois qu’aucun membre de l’Assemblée n’aurait dû se permettre d’en faire ; il est impossible qu’il n’improuve ou qu’il n’approuve ce qui est conforme ou contraire à son opinion ; mais je ne sais s’il n’est pas contraire aux droits de l’homme, à la liberté de la presse, d’empêcher un membre de l’Assemblée de manifester ses pensées, quand il ne nuit à personne.

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 2 (Paris, 1894), p. 157-158.

Image : Journal de Paris, 17 novembre 1789.

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