8 December 1789: traite négrière & “amis des noirs”

Paris…

Depuis ma lettre du 5 de ce mois, j’ai reçu, mon cher ami, la vôtre du 1er. Vous m’y parlez d’une nouvelle adresse faite par notre commerce à l’Assemblée nationale relativement aux noirs ; comme je suis l’ami de ceux-ci, je trouve, comme vous, que dans la première comme dans la seconde, il y a des choses qu’on ne devoit ni dire ni avoir l’intention de faire ; je vous ai déduit dans ma dernière les motifs qui m’ont empêché d’envoyer votre lettre au rédacteur du journal, vous ne devez avoir aucun regret parce qu’indépendamment des assertions fausses dont la méchanceté avoit chargé les amis des noirs, je ne puis que vous répéter que le journaliste ne l’aurait pas insérée dans sa feuille, on n’y peut plus placer maintenant que de très petits articles. Vous avez d’autres moyens de donner de la publicité à votre lettre. Je vous prie de répandre qu’il est faux et de toute fausseté qu’on ait eu l’intention de faire pourvoir les colonies de noirs par les étrangers, ce seroit d’un but infiniment louable (qui est la suppression de la traite en elle-même) en faire un acte de méchanceté : il est tout aussi faux qu’on ait demandé que la motion fut soutenue par dix mille hommes armés. Entre nous, comme M. Goguet est directeur de la Chambre et noble, il a adressé à M. de Malartic toutes les pièces concernant la traite, j’ai été chez celui-ci pour voir la dernière adresse à l’Assemblée, mais je ne l’ai pas trouvé.

…..On reviendra sur le décret qui a donné lieu à votre mémoire, du moins tant qu’aux enfants, j’en causai longuement dimanche avec M. Griffon qui le pense ainsi.

Le plan de M. Necker ne pourvoit pas à tout. M. Delaborde en a lu un samedi qui embrasse tout et qui d’abord a plu, aussi a-t-on nommé des commissaires pour l’examiner et en rendre compte demain, il trouve maintenant beaucoup de contradicteurs : il est temps néanmoins de prendre un parti, je ne sais comment on vit… Vous savez et vous l’éprouvez combien il est difficile de se procurer de l’argent  à La Rochelle, ce n’est pas plus aisé à Paris, les écus y sont introuvables. Fox est venu à Paris, du moins on l’assure, mais il n’y est plus. Les anglais paraissent persuadés que la traite sera supprimée en Angleterre…

Samuel de Missy à M. de Richemond, dans Lettres inédites d’un armateur rochelais, ed. by Richemond (La Rochelle, 1889), p.14-16.

Image : Malartic, Ambroise Eulalie de Maurès

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