1 December 1789: “On ne peut trop se hâter, Messieurs, de faire jouir la nation de cet avantage”.

(…) Enfin M. Guillotin a obtenu la parole. Il proposait quelques réformes dans notre code criminel, l’uniformité de peines pour tous les individus, abolition de toute peine de mort autre que la décapitation au moyen d’une machine. Le premier article est d’une justice si évidente qu’il n’a pu éprouvé aucune difficulté ; il n’en est pas de même du second ; beaucoup de gens pensent que l’assassin en général doit être le seul puni de mort, mais qu’il faut une peine plus forte pour le parricide ou régicide que pour l’assassin ordinaire. Il est fort [difficile] de ne pas être de cet avis. Cet article aussi a occasionné les plus grands débats.

Eu général, la motion de M. Guillotin en excitait les plus vifs ; c’était devenu affaire de parti, non pour ne pas en adopter les dispositions essentielles, mais pour ne pas la laisser passer… (…)

Le discours du docteur Guillotin était d’un genre très extraordinaire : trop long de beaucoup, de détails inutiles, des idées cent fois rebattues, pour appuyer des vérités très reconnues, incontestables et incontestées ; mais ce qu’on a remarqué de plus plaisant, c’est qu’après avoir fait la description de sa machine, il a dit: On ne peut trop se hâter, Messieurs, de faire jouir la nation de cet avantage. Il a fait la description d’une pareille machine dont on se sert en Italie pour les supplices, et il a fait le tableau le plus extraordinaire de l’exécution. La tête est posée sous le fatal instrument, il tombe, la tête vole, le sang jaillit, etc. On sent combien de telles idées étaient de mauvais goût dans une telle assemblée et sur un tel sujet. Aussi n’ont-elles pas été écoutées sans de grands murmures. On assure que le docteur Guillotin ne met autant de chaleur à cette affaire, et surtout à l’uniformité des peines, à l’abolition du supplice de la corde, que parce qu’il est très attaché à la maison de Lorraine et qu’il craint pour le prince de Lambese.

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 2 (Paris, 1894), p. 117-119.

Image: the Machine

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s