28 November 1789: Finances & Paris vs. Provinces

À l’ouverture de la séance, M. Anson, membre du comité des finances, pour obéir au décret rendu hier, a fait le détail des besoins de l’administration pour novembre et décembre ; c’est-à-dire qu’il a fait connaître l’emploi qu’on devait faire des 80 ou 90 millions demandés par M. Necker pour ce des mois. Il s’est appuyé dans cet exposé sur une note remise au comité par M. Dufresne [directeur du trésor royal], et signée de lui. La lecture de cette note a excité des murmures fréquemment renouvelés. On y a vu avec beaucoup d’humeur des sommes énormes dépensées pour la seule ville de Paris : le paiement des gardes-françaises, l’illumination, l’Opéra, ont excité des plaintes. A peine M. Anson pouvait-il achever la lecture de sa note, et il a été obligé de répéter souvent qu’il ne faisait que lire, que cette note n’était pas son ouvrage, que le rapport dont il était chargé lui coûtait plus à faire qu’à l’Assemblée à l’entendre. On l’a laissé achevé enfin, après des plaintes violentes contre l’énoncé du reliquat de 50.000 écus [à payer] pour construction de la salle où se tient l’Assemblée à Paris et où elle se tenait à Versailles : à peine ne faisait-on un crime à M. Necker de ces diverses dépenses. (…)

D’un autre côté, il se manifestait de toutes parts une grande jalousie des provinces contre Paris : Paris ruine le royaume, Paris absorbe tout. – Eh ! oui, Messieurs, sous l’ancien régime Paris coûtait beaucoup, mais changez-le : réduisez les dépenses, mais pensez que le ministre ne vous parle pas de ce  que vous devez faire ; il vous présente l’état actuel des choses, et non l’état à établir. – Les provinces devraient-elles d’ailleurs oublier que c’est à Paris que la France devra sa liberté ; que Paris seul a empêché le succès des projets du ministère qui a remplacé M. Necker au mois de juin ; que Paris seul a fait avorter l’infernal projet de transférer le Roi à Metz ; que Paris seul, peut-être, maintient la liberté dans l’Assemblée ?

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 2 (Paris, 1894), p. 100-102.
Image: Pierre Hubert Anson

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s