31 December 1789: National Assembly’s discussion on pensions interrupted

(…) Cette délibération a été interrompue pour l’arrivée des dames de la halle, qui ont demandé d’être admises à faire un compliment de nouvelle année, comme elles en font un tous les ans un Roi et la Reine. Elles ont été introduites, et, dans un discours extrêmement court, on a remarqué cette phrase fort plaisante: Nos enfants, en vous voyant, vous appelleront leurs pères. La réponse du président a été faite avec une grande sagesse ; elle annonce que l’Assemblée s’occupe sans relâche du bonheur des classes les plus indigentes du peuple, mais que, pour mettre fin à sas travaux, il faut du calme et de la paix : il les exhorte à répandre ces sentiments et à les maintenir dans leurs familles.

L’abbé de Montesquieu était, quand elles sont entrées, à la tribune pour parler des pensions : il a saisi cette occasion avec beaucoup d’esprit pour dire qu’il sentait bien qu’au moment où l’Assemblée s’occupait à soulager les classes malheureuses du peuple, et où la présence de quelques individus de cette classe augmentait encore l’intérêt qu’elle inspire, on ne pouvait pas espérer une grande faveur en parlant des pensions, mais puisque, avant tout, l’Assemblée voulait être juste et que tous les citoyens étaient égaux, on l’écouterait sans doute avec indulgence quand il parlerait des pensionnaires.

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 2 (Paris, 1894), p. 236-237.

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30 December 1789: Versification & moral maxims

Wednesday… (…) This Morning Mr. Phyn jun[io]r breakfasts with me. He is on his Way to London from Tours. Like all other Englishmen he is filled with Hatred and Contempt for this Nation. (…) Go to Mons[ieu]r de Montmorin’s. (…) …I chat a while with the Ladies, and observing some Almanacks on the Chimney Piece, take out my Pencil and address a few Lines to Mad[am]e de Beaumont, his [Montmorin’s] Daughter.

How Days and Months and Years succeed,
Clara you here behold
But while you look on this, take Heed!
Both you and I grow old.

Those Days which come the past destroy,
Do not too long delay:
For ev’ry Hour not spent in Joy
Is so much thrown away.

She is more pleased with this than she expresses, for the Moral is rather to be adopted than approved. Go hence to a Party of Madame de Vannoise. The Intention is, I find, to hear the Harmonica and drink Punch. I am requested to mix that Liquor and in order that my Glasses may produce equal Music with those of the Performer I make it very strong. Mad[am]e de La Borde comes in and sits next me with Mons[ieu]r de Bonnet. I repeat to her the Lines I had written for Mad[am]e de Beaumont. She of Course objects to the Liberality of the Sentiment and Mr. Bonnet, who is to judge, and can understand English only by the Eye tho he has translated Tristram Shandy, gives me his Pencil and a Piece of Paper. I address to her a Demonstration of my Theme instead of copying what I had written:

You find my Moral somewhat free,
But why enthral the Mind?
The truest Doctrine, trust to me,
Is Nature unconfin’d.

What she commands let us obey
Nor strive to be too pure.
All human Maxims lead astray
And only her’s are sure.

I do not know whether this is exact but it is convenient and will I know be more strictly followed by those who condemn it than by the Author. A Reputation either good or bad as to Morals is easily acquired. To judge a Man by his Actions requires a Degree of Attention which few have a Right to expect and very few are willing to pay. It is much more convenient to judge from the Conversation than from the Conduct. Those who wish to hide Things blameable always say Things commendable. Those who have nothing to hide and those who wish to hide nothing say what comes uppermost. There are a very few in the World who act, speak and think properly. Those are always proud, and yet Pride is a Vice, but it is one of the oeconomical Vices and not so unaccomodating as is generally supposed, for I have often met with it in the Garb of Humility. Go from hence to Madame de Chastellux’s. The Marshal de Ségur is here. The Dutchess [of Orleans] comes in. No Conversation. Go to Madame de La Borde’s to Supper. Madame d’Houdtot tells me that she dined at Mr. Necker’s. I find that this Family are much hurt at a Refusal of the Assemblée to accept a Gift proffered from Geneva, which is considered as a Slight to Mr. Necker. She tells me that the Abbé Raynal has addressed an excellent Letter to the Assemblée. I suppose from hence that it is a Criticism upon their Conduct, which will not I think do them much Good. Sup very heartily and return Home about twelve. This Day has been pleasant and the Evening is very fine.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 351-353.

29 December 1790: deploring France’s misfortunes & reading Burke

…. Pourquoi,  mon aimable ami, ne puis-je habiter dans cet affreux temps une petite campagne, où vous seriez avec moi, où nous tâcherions d’oublier, ou du moins de nous occuper le moins possible des malheurs de la France et de tant d’individus !…

On veut faire tant de choses à l’Assemblée nationale qu’on n’en finit pas beaucoup. On ne sait plus quand on s’occupera de votre corps pour l’organiser entièrement. On commence aujourd’hui l’organisation du Ministère ! On a bien échauffé encore le peuple depuis quelque temps. Il fallait faire sanctionner le décret contre le Clergé. Les libelles journaliers ont été affreux.

Vous avez su les exploits des Jacobins à Aix, à Perpignan ? Il y a ici un Club monarchique qui est dénoncé par eux et dans tous les écrits incendiaires. Les membres seront quelque jour massacrés !…

J’ai su par le chevalier d’Urtubie que M. d’Agoult vous avoit envoyé Burke. Sans cela, je vous l’aurois envoyé. Vous avez dû être enchanté de cet ouvrage. Il y a une originalité et des choses de sentiment qui m’ont fait le plus grand plaisir.

On veut ici que M. d’Artois arrive incessamment. D’autres disent qu’ils n’en croient rien. On emploie des moyens bien doux pour faire revenir les fugitifs !

Mme de Vatre à M. de Givry, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 218-219.

Image:  Edmund BURKE, Réflexions sur la Révolution de France, et sur les procédés de certaines sociétés à Londres, relatifs à cet événement, en forme d’une lettre, qui avait dû être envoyée d’abord à un jeune homme, à Paris, chez Laurent & fils, et chez Edwards., Paris & Londres 1791.

28 December 1789: marquis de Favras’s conspiracy & judicial reform

(…) Vous devez déjà savoir qu’il y eu un nouveau complot qui, disait-on; avait être exécuté le 25 contre MM. Bailli, Lafayette, etc. : aussi la nuit du 24 au 25 toutes les ruës [sic] furent illuminées. Nous allâmes, M. Delattre et moi, à la messe de minuit ; tout était tranquille : mais la capture était faite sans que nous en sussions rien : nous ne l’avons appris que hier lorsque nous fûmes à dîner chez M. le marquis d’Esquelbecq, où l’on nous lut le discours que Monsieur avait prononcé samedi soir à la ville. Ce même discours a été lu aujourd’hui à l’Assemblée et il sera inséré dans le Procès-verbal, par conséquent encore dans les journaux. Vous ne devriez donc pas être surpris si vos magistrateures [sic – AE] comptaient encore sur une contre-révolution. Je ne suis pas non plus surpris de ce qu’il disent et écrivent de près et de loin : mais cependant ils doivent perdre courage et c’est le désespoir qui leur faire [fait? – AE] dire des sottises contre le Comité, et comme vous dites contre moi. C’est la rage qui leur fait dire que les magistrats choisis par le peuple ne peuvent être ni capables ni respectables : je sais qu’autrefois ils disaient la même chose, lorsqu’ils se crurent trouver sur le bord de la fosse.

Lettres de François-Joseph Bouchette (1735-1810), Avocat à Bergues, Membre de l’Assemblée Nationale Constituante, publiées avec avec une intr. et des notes par le Chanoine Camille Looten (Paris, 1909), p. 301-302.

Image: François-Joseph Bouchette

27 December 1790: criticism of the Civil Constitution of the Clergy & more general lamentations

Vous  me laissez l’espoir, Madame la comtesse, de vous voir aux Rois. Je vous jure que j’en aurai une vive joie. Mais en aurez-vous de nous trouver toujours dans l’attente du lendemain, espérant qu’il sera meilleur que celui où l’on est ? Pour moi, je n’attends plus rien de bon. Le Roy a sanctionné hier matin la constitution du Clergé, sans attendre la réponse du Pape, et de plus a écrit une lettre à l’Assemblée de la plus grande confiance et adhésion pour la nouvelle constitution… Si jamais il y a un martyr!… Nous voilà dans les horreurs d’une guerre civile, qui fera couler bien du sang. L’on va, dans la huitaine, obliger le Clergé et surtout ceux de l’Assemblée à prêter le serment. Ils n’en feront rien. L’évèque de Clermont, l’abbé Maury ne céderont pas. Le cri de leur conscience est fortement prononcé dans leurs âmes ! Attendons et vivons au jour la journée !

(…) Où aller pour n’être pas témoin des horreurs qui se passent et se passeront sous nos yeux avec l’anarchie et le désordre dont nous sommes environnés ? Pour moi, je ne puis jeter les yeux autour de moi sans que la douleur ne s’empare de  mon àme. Que faire avec trois garçons dans le militaire actuel, toujours sous le couteau, sans espérance d’avancement ? Et quel service pour la noblesse, dans quelle servitude ! Ecrasés par de nouveaux venus, despotes, tyrans, même ; plus de liberté ; l’on dépend d’un tas de vagabonds qui, sur la moindre déposition, vous font arrêter, enfermer ; non, jamais nous n’avons été traités avec ce despotisme. Chacun faisoit, disoil, alloit, revenoit sans rendre compte de ses actions. Actuellement, bon Dieu, que nous sommes malheureux ! Heureux et bien heureux ceux qui quittent la France ! Si j’avois de l’argent, j’en terois bien autant. Mais il faut aller  comme l’on peut… Enfin, malgré que  mon âme soit si noire et qu’elle vous fasse un tableau désagréable de Paris, venez-y que j’aie le plaisir de vous voir. Tous mes hommes vous offrent leurs hommages respectueux…

La comtesse de Valon d’Ambrugeac à a comtesse de Bussy, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 208-209.

Image: « Danse aristocrate. Il ne sait sur quel pied danser. » Caricature anonyme de 1790 montrant le cardinal Maury sur une corde raide tenue par le diable habillé en bouffon, encouragé à gauche par deux aristocrates et harcelé à droite par deux membres du tiers état.

26 December 1792: “Il sait qu’il [Louis XVI] n’a plus à craindre de périr sur un échafaud”.

(…) Je suis (…) sorti deux heures, grand matin, pour quelques affaires. Je n’ai trouvé dans les rues que canons et soldats sous les armes. Les boutiques étoient presque toutes fermées non par piété, car hier, jour bien plus solennel, la plus grande partie fut ouverte, et si je n’étois pas très familiarisé avec le calendrier, je ne  me serois point aperçu que ce fût le jour de Noël.

A 9 heures, le Roy a été conduit à la Convention dans un carrosse bien fermé, au milieu de 300 gendarmes nationaux à cheval et le sabre nu à la main. Ils alloient ventre à terre, et la rapidité de leur marche étoit, à ce que l’on dit, un effet de la crainte qu’il ne se fît un mouvement en faveur du Roy. On répand encore que les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, qui sont les plus peuplés de Paris, ont refusé aujourd’hui de marcher pour la garde du Roy, pendant qu’il seroit à la Convention, en disant que, si on vouloit lui faire du mal, ils ne vouloient pas en être complices. Ce sont d’heureux présages pour ce malheureux prince ; mais on ne peut affirmer qu’ils se réaliseront, car le parti d’Orléans est plus fort que jamais, il intrigue et manoeuvre sans relâche. Son but, dit-on, est de placer sur le trône, non le duc d’Orléans, trop méprisé de Paris et des départemens, mais le duc de Chartres, son fils, qui est lieutenant général dans l’armée de Dumouriez, et qui a toujours montré un grand courage. Nous touchons au moment de la crise, et l’éclat ne peut pas être retardé. Le Roy est toujours ferme et courageux, et il sait même le vif intérêt que la majorité de Paris prend à son sort. Il sait qu’il n’a plus à craindre de périr sur un échafaud. Cependant tous les crimes sont encore possibles. Dieu veuille qu’ils ne se commettent pas ! Pour te parler encore sur cet article si intéressant, je veux te raconter la première entrevue de M. de Malesherbes avec le Roy dans sa prison. Le Roy étoit dans sa chambre avec les commissaires de la municipalité qui ne le quittent jamais. M. de Malesherbes entra et en s’inclinant dit d’une voix entrecoupée : « Si… Si… », comme pour dire Sire ; puis, s’élançant dans les bras du Roy, il reprit, avec beaucoup de vivacité : « Permettez-moi de vous appeler citoyen ; vous avez toujours été le meilleur sur le trône, et vous le serez toujours ».

Le Roy le pressa contre son sein, et versa quelques larmes de reconnaissance. N’est-ce pas un discours aussi ingénieux que touchant, et ce vénérable vieillard pouvoit-il mieux parler en abordant son maître,  comme il l’a appelé dans sa lettre à la Convention ? M. de Malesherbes a 70 ans, mais il est encore très vif, très actif, et n’a rien perdu de son énergie. C’est un homme de lettres, il a fait plusieurs petits ouvrages. Mais son courage et sa grandeur d’âme en se présentant pour le défenseur de Louis, lorsqu’aucune bouche n’osoit s’ouvrir pour lui, lui feront dans toute l’Europe une réputation éclatante. On dit même que les femmes de la Halle sont allées lui porter une couronne de lauriers qu’il a modestement refusée…

Adieu, ma très chère amie, tu recevras cette lettre le premier jour de l’an. Puisque je ne puis l’embrasser, je donne un baiser à cette place, je ferme vite ma lettre pour qu’il ne s’échappe pas. J’espère que tu le reprendras…

Charles-Joseph de Bernard à sa femme, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 579-581.

Image: Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes

25 December 1790: Counterrevolution & Civil Constitution of the Clergy

Je n’ai presque pu, mon cher Désilles, vous écrire qu’à la hâte depuis votre départ, soit que j’attendisse des nouvelles à votre sujet, qui n’arrivoient pas, soit par des affaires qui me sont successivement survenues. L’idée de la contre-révolution m’a tourmentée, et je vous avoue que j’ai été prête à partir pour le pays étranger, non que je craigne les troupes (nos gardes nationales seroient dans le cas de veiller), mais je craignois les brigans qui cherchent toujours à pêcher en eau trouble. Beaucoup de monde étoit déjà parti, etj’étois d’une humeur effroyable… Enfin, nous voilà tranquilles pour le moment pour la contre-révolution ; respirons, puisqu’on nous en donne le temps. Cependant, on a été hier demander la sanction au Roy pour le Clergé. On vient de me dire qu’il l’avoit donnée. Cela va faire du bruit. La plus grande partie ne feront pas le serment, et je ne serois pas étonnée que nous en vinssions à manquer de messe. Dieu veuille avoir pitié de nous !

Le comte de Mirabeau a demandé un congé d un mois ; cela donne beaucoup à penser. On croit qu’il est allé en Provence…

Mme Marie-Richarde-Hélène de Nermont à M. Désilles, à Saint-Malo, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 233-234.

Image: A commemorative plate from 1790

24 December 1789: Vanity, salve trade, & protestants

I go to the Hôtel des Américains to view the Commestibles. Trout and Carp from the Rhine are at no small Price. Go from thence to the Chastelet to Dinner; Mesdames de Bréhan and La Suze with Mons[ieu]r de Moustiers. The Conversation is of no Consequence but Mad[am]e de Bréhan as usual says much Evil of Mad[am]e de Flahaut and as she joins to this some kind Expressions towards me, Vanity might indulge an Idea of Preference; but I know how little Ground there is for Self Flattery on these Occasions and therefore, without any Reflection on the Subject, Chance shall decide. Go to the Louvre and there perform [with Mme de Flahaut – AE] what Mad[am]e de Bréhan would kindly have dissuaded me from. Thence to Madame de Chastellux’s. Mad[am]e de Ségur comes in. Chat with her a little while and then the Dutchess arrives escorted by the Count & VisCount de Ségur. These Gentlemen enter into a Discussion of the Slave Trade and as I do not expect any new Lights on the Subject I leave them and go back to the Louvre to Supper. A pretty large Company. The Bishop [d’Autun] comes in while we are at Supper; Monsieur and Madame de Guibert are of the Party. I say sundry civil Things to her which are well taken. If she suspects my Connection with her friend she will of Course desire to seduce me. Return Home at twelve. The Weather has been very warm this Day, the Wind high from the Southward, in the Evening clear. The Assemblée have this Day passed a Resolution which gives the Protestants Admission (by necessary Implication) to the Offices of State. The Bishop [d’Autun] is much pleased with it but said nothing in its Support. I advise him to have his Conduct remarked in some of the Journals because that his Order is already against him and therefore he must secure the Interest of those who are against his Order.

A diary of the French revolution, by Gouverneur Morris, 1752-1816. Ed. by Beatrix Cary Davenport. Vol. 1 (Boston, 1939), p. 342-343.

23 December 1789: On tolerance

La tolérance religieuse n’est pas une idée bien familière à l’Assemblée. Aujourd’hui, on en est revenu à une motion du comte de Clermont-Tonnerre, relative à l’exclusion des assemblées administratives à prononcer contre les non-catholiques. On sait qu’il avait proposé de n’exclure personne, soit à raison de religion, soit à raison de la profession qu’il exerce. Cette rédaction était vicieuse en elle-même, parce qu’elle suppose qu’il pourrait y avoir du doute sur cette question ; mais ses faiseurs ont voulu l’étendre et y faire nommer expressément les juifs et les non-catholiques, les comédiens, les bourreaux, etc. Cette maladresse a beaucoup nui à la question ; tel homme qui l’eût laissée passer si elle avait été exprimée d’une manière vague et générale, qui ne se serait pas même aperçu de la latitude qu’on voulait lui donner, s’y est opposé quand il a vu les détails ; tel homme, que l’expression de non-catholique n’eût pas effrayé, s’est irrité quand il a ouï parler des juifs ; tel homme, qui aurait admis les non-catholiques, n’a pas voulu qu’on les confondît avec les comédiens et les bourreaux. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante : 3 mai 1789-3 avril 1790, t. 2 (Paris, 1894), p. 202-203.

22 December 1789: “Lui, s’être déguisé en femme !”

(…) Actuellement le grand objet de nos travaux va être d’établir un nouvel ordre judiciaire. L’ordre ancien en cette partie, comme en beaucoup d’autres, sera totalement culbuté. Ce matin, notre comité de constitution nous a soumis un plan qu’il a formé pour la refonte ou plutôt pour une nouvelle création de tous les tribunaux. Ce plan, que l’on s’est réservé d’examiner en détail, a paru très bien conçu et il a été beaucoup applaudi.

(…)

La conte qu’on t’a fait sur M. le duc d’Aiguillon part des gens qui ne le conoissent guères [sic – AE]. Lui, s’être déguisé en femme ! C’est comme si l’on faisait prendre un pareil déguisement à M. de la Crochardière. Je m’étonne de toutes les absurdités qu’on débite… (…)

J’ai fixé à cent louis notre contribution patriotique parceque ma conscience me l’a prescrit. Je m’embrasse peu de ce qu’on peut-dire là-dessus en bien ou en mal. La louange ne me touche guère et je méprise entièrement les injustes critiques. (…)

François Ménard de la Groye, Correspondance (1789-1791) (Conseil Général de la Sarthe, 1989), p. 161-162.

Image: Auguste Delorme, François Voyez: François René Pierre MÉNARD DE LA GROYE