26 November 1789: Expecting new revolutions

Paris…

 Je suis depuis trois ou quatre jours de retour, ma chère amie ; j’avoue que je ne suis rentré qu’à regret, et que les huit jours que j’ai passés dans ma terre m’ont paru bien courts et sont les seuls momens tranquilles que j’ai vu couler de cette année. Nous sommes cependant assez calmes ici depuis mon retour. Mais les craintes sans cesse renaissantes de nouvelles révolutions nous poursuivent toujours, soit qu’elles existent, soit, ce que je penserois plutôt, qu’on se serve de ce moyen pour tenir toujours en haleine les milices. Tant il y a, qu’il s’en faut encore de beaucoup que l’on soit heureux. Il me paroît que, si votre présence ici est indispensable, vous y pouvez venir en toute assurance. Si au contraire vous pouvez être suppléée, ne venez pas maintenant. Quelque désir que j’aie de vous voir, il est encore plus prudent de ne rien mettre au hasard. Je vous observerai d’ailleurs que le pouvoir judiciaire n’est point encore en activité ; on ne peut obtenir aucune sentence par corps pour billets ou autrement.

Il paroît décidé, depuis ce soir, que toute la forme judiciaire va être changée. La France sera composée de 80 départemens, dont chacun aura un conseil qui fera l’office du parlement, et des bailliages de quatre en quatre lieues carrées pour tribunaux de première instance, un Conseil suprême à Paris pour les cassations et qui jugera les crimes de lèse-nation. Le Conseil du Roy ne sera plus que de 8 conseillers et 12 maîtres des requêtes el les ministres…

Vous aurez sûrement appris les ravages des Pays-Bas. On a tiré à boulets rouges sur Gand ; 300 maisons y ont été brûlées ; 5.000 morts sont restés dans les rues ; la garnison, se montant à 1.300 hommes, y a été réduite et faite prisonnière ; on y a perdu beaucoup de monde. L’archiduchesse et toute la cour sont allées à Luxembourg.

Le comte de Seneffe à Mme de Doué, sa soeur, à Moulins, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 160.

Image: Joseph Depestre, Comte de Seneffe

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