13 November 1789: No more Duels, no more Freedom, but good Appetite

Paris…

Décret de l’Assemblée nationale qui prie le Roy de nommer des juges à Rouen pour remplacer ceux qui forment la Chambre  des vacations qui, en enregistrant les lettres patentes qui suspendent la rentrée de tous les parlemens de France, s’est avisée d’insérer dans l’enregistrement quel’Assemblée n’étoit pas libre et que le Roy étoit prisonnier dans sa capitale ! Décret pour  que ces juges soient traduits au Châtelet, tribunal désigné pour juger les crimes de lèse-nation ! D’aucuns trouvent celui-ci atroce ; d’autres approuvent ces délinquans, mais tout bas,  et font bien : la corde est à la lanterne. Un député montra mercredi un demi-courage, en s’écriant dans la salle, aujourd’hui au Manège : « Je dénoncerai les auteurs des troubles d’Alsace ; ils sont ci-présents ! — Dénoncez ! » lui répond-on. Un bruit infernal lui coupe la parole, après lequel on  passe à l’ordre du jour, et le dénonciateur s’est tu.

Le député Cocherel menaça le comte de Mirabeau, son confrère, de lui donner des coups de canne, en lui disant : « Sortez! » L’évêque de Chàlons pria Mirabeau de rester. « Ne l’en priez pas. Monseigneur, je suis sûr qu’il ne sortira pas ! »  Le lendemain Mirabeau vient siéger auprès du comte de Lautrec qui l’apostrophe en lui disant : « Il est donc mort ? — Qui? — Cocherel, qui vous insulta hier. — Non, répond le champion ; ce ne doit pas être à coups d’épée que je travaillerai à faire une Constitution. » Il y en a qui prétendent que c’est la seule affaire dont il se soit tiré avec tant d’honneur. Voyez quelle méchanceté !

(…)

Nous avons du pain à discrétion et nous jouissons en dedans des murs de la plus grande liberté. Mais ne passez pas les barrières sans passeports ! J’y ai été attrapé l’autre jour, voulant aller au Bois de Boulogne. Une baïonnette, sortie d’un fumier trop puant pour le sonder, me fut présentée par l’alguazil qui m’obligea de rentrer. D’un tour de timon je me retrouve à la grille, quand un suppôt des aides m’arrête encore et me demande ce que j ai à déclarer… « Que je suis sans liberté. Est-elle sur le tarif ? Faut-il payer ? — Non passez ! » Je rentre en ville sans pouvoir croire à la liberté de l’homme et à ses droits annoncés par la plus auguste assemblée de l’univers. Et voilà  comme il faut endurer ce qu’on ne peut empêcher. Je bois, je mange et je dors tout ainsi qu’un pourceau dans son étable, qui n’a d’autre droit sur sa litière que moi dans ma chambre. Res miranda !

Thouret vient d’être nommé président de l’Assemblée.

Trois coquins ont été surpris faisant de faux billets de la Caisse d’Escompte. Un s’est tué d’un coup d’un couteau qu’on lui avoit envoyé en prison dans une poularde ; mais le misérable avoit appétit; il a commencé par la manger pour aller en l’autre monde le ventre pleine. Vous n’en aurez pas davantage pour cette fois.

Du comte de Quélen à M. le président de Saint-Luc, en son château du Bot, près Le Faou, par Landerneau, en Bretagne, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 28-31.

Image: Portrait of Honoré Gabriel Riqueti, count of Mirabeau

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