6 November 1789: An obscure Clergy deputy tells a story of a hanging

Paris…

Mon Révérend Père,

Vous savez peut-être déjà, par le curé de Thiant, tout le malheur du clergé. Voilà la dîme supprimée, les terres qui sont à la disposition de la nation ; ainsi nous ne sommes plus sûrs de rien. Si les assemblées de provinces ne nous sont pas plus favorables que celle-ci, nous serons réduits à la misère.

(…)

Avant-hier on a décidé que les Parlements resteraient en vacances pour un temps illimité, c’est-à-dire jusqu’à leur destruction. Il y a apparence que, chaque province ou chaque département aura des juges souverains. On a beaucoup blâmé l’archevêque de Sens, qui a privé le royaume de justice pendant six mois : nous en faisons autant, je ne sais si cela sera mieux reçu de notre part. Hier au matin, un cocher qui parlait mal de l’Assemblée a été insulté, battu, et enfin pendu. Comme c’était un homme très fort, il avait un couteau à la main, et, tout pendu qu’il était, il a coupé la corde. Un soldat de la garde courait à son secours, et, croyant que c’était un ennemi, il lui fendit le ventre avec son couteau. Alors on le pendit pour bon. Le pain est ici fort rare. Il commençait à manquer hier. Ce matin, il y avait aux portes des boulangers jusqu’à trois ou quatre cents personnes. Cela occasionnera peut- être encore des pendaisons.

Toutes les fois qu’il arrive quelque mal, c’est toujours au clergé et à la noblesse qu’on en veut. Depuis dix jours je ne dors plus. Je me porte cependant bien, quoique accablé de tristesse de voir comme nous sommes traités.

(…)

Tâchez toujours de recommander à mes paroissiens la paix, la tranquillité, la patience. Il faut espérer qu’il ira mieux pour eux que pour nous.

Abbé Emmanuel Barbotin au R.P. Engelbert Baratte, dans Lettres de l’abbé Barbotin, député de l’Assemblée constituante. Publ. par A. Aulard (Paris, 1910), p. 74-76.

Commentary of the editor: “Les lettres qu’on va lire (…) ont été écrites, du 13 avril 1789 au 27 janvier 1790, par Emmanuel Barbotin, curé de Prouvy, près Valenciennes, député aux Etats généraux par le clergé des bailliages du Hainaut réunis au Quesnoy. Elles sont adressées au R. P. Engelbert Baratte, capucin, qui desservait, en son absence, la cure de Prouvy, et à deux autres personnes” (p. ix).

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