21 October 1789: Assassination of a Baker and Speculations about Conspiracy

Le trouble vient de recommencer ici. Le défaut de subsistances, vrai ou supposé, en est encore la cause ou le prétexte. Il est certain, au moins, qu’hier le pain était assez abondant pour que les boulangers le portassent dans les maisons, et aujourd’hui on ne peut en avoir la quantité nécessaire.

Quoi qu’il en soit, le peuple du faubourg Saint-Antoine (car c’est toujours là où commencent les mouvements) s’est porté en foule dans la maison d’un boulanger ; on assure qu’on a trouvé chez lui 60 ou 80 pains moisis, cachés dans sa cave; d’autres assurent qu’il n’en avait qu’une dizaine, très frais, qu’il réservait pour ses pratiques habituelles ; on l’a saisi, on l’a entraîné à l’Hôtel de ville. Il paraît que là la commune a donné l’ordre de le mener au Chàtelet, mais que la garde soldée s’y est refusée (ce fait cependant a encore besoin de confirmation). Ce qui est très certain, c’est qu’une femme a traîné ce boulanger hors de la salle de la commune, l’a mené à la lanterne, lui a elle-même passé la corde au cou, et qu’un homme monté sur le fer l’a hissé ; puis on lui a froidement coupé la tête, qu’on a lavée, peignée ; on l’a placée au bout d’une pique, on l’a couverte d’un bonnet de coton, on a attaché sa veste sous le col, et on l’a, dans cet état, promenée dans tout Paris. Le peuple voulait même entrer aux Tuileries pour faire voir cette tête au Roi ; heureusement qu’on a eu le moment de tourner le pont et d’empêcher de pénétrer. Il est arrivé au comte Auguste de la Marck un événement affreux ; il allait dans son carrosse à l’Assemblée, il a été rencontré par ceux qui portaient cette tête ; ils la lui ont présentée par la portière et lui ont demandé de l’argent pour ceux qui l’avaient coupée ; il leur a donné un louis, et ils l’ont laissé continuer sa route. Au moment où on pendait ce malheureux, on arrêtait quatre autres boulangers, qu’on a conduits à la ville ; j’ignore leur crime, ou plutôt les accusations dont on les charge.

L’assemblée s’étant formée, des députés de la commune se sont fait annoncer ; ils ont rendu compte de ces faits, et ils ont demandé qu’on pourvût aux subsistances de la ville et qu’on fit une loi contre les attroupements. Dès qu’ils ont été retirés, M. Barnave a proposé de décréter qu’on ferait des recherches contre les auteurs des troubles et qu’on fît sur-le-champ une loi martiale contre les attroupements. Plusieurs personnes ont parlé sur cette motion. M. Petion de Villeneuve a proposé de créer sur- le-champ le tribunal qui doit juger des crimes de lèse-nation; il s’est fort étendu sur le vice du décret qui attribue ces fonctions au Châtelet de Paris ; il voulait que ce tribunal fût tiré du sein même de l’Assemblée (ce qui a été universellement improuvé). M. Robespierre a beaucoup parlé d’une conjuration qui existe contre la liberté publique. « On avait les preuves, il ne faut plus que les recueillir. » Il s’est fortement élevé contre la loi martiale ; mais, s’il faut dire ce que je pense du discours de M. Robespierre, il est fait pour les habitants du faubourg Saint-Antoine, pour leur plaire et se mettre sous leur protection, et point du tout pour l’Assemblée, encore moins pour la nation, qu’elle représente. Un membre de la noblesse a demandé que M. Robespierre fût tenu de remettre à l’Assemblée les preuves qu’il pouvait avoir de l’existence de la conjuration dont il parlait, mais ce membre ne faisait pas attention qu’à la vérité M. Robespierre soutenait avec force qu’il existait une conjuration, mais qu’il voulait qu’on en recherchât les preuves. (…)

Journal d’Adrien Duquesnoy, député du Tiers état de Bar-le-Duc, sur l’Assemblée constituante, t. I: 3 mai 1789-3 avril 1790 (Paris, 1894), p. 457-459.

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