20 October 1789: Daily Routine of a National Assembly Deputy

Paris, mardi 20 octobre 1789.

(…) Tu me demandes des détails sur la vie que je mène. Je mange chez moi, avec Bazoges et d’Iversay, mais je ne tiendrai pas longtemps ce genre de vie, car j’en suis la dupe, fournissant toujours plus que les autres. Ajoute que Dumaine prend dans ma chambre tout ce qui tombe sous sa main.

Je vais régulièrement à l’Assemblée ; non que j’y fasse grand’chose, car il est impossible, dans l’état actuel des affaires, qu’un homme honnête agisse. Je me rends le soir à pied, à quelque spectacle, et j’en feviens en fiacre. Lorsque j’aurai ma voiture, j’irai voir les personnes que je connais. Je suis allé chez Mme de Nanteuil. C’est une femme grande comme Séraphine, petite maîtresse, fort aimable, peut-être un peu bégueule, mais de l’esprit, des connaissances ; je crois qu’elle s’ennuirait mortellement à Poitiers. J’ai dîné chez de Saint-Juire. Madame du Bos est pour un mois à la campagne.

Paris n’a point encore d’assiette bien fixe. Les districts et la commune ne peuvent s’entendre. Le peuple est inquiet sur sa subsistance. Jusqu’à présent on nous respecte, et nous sommes au moins aussi en sûreté qu’à Versailles. On arrête de temps en temps quelques personnes; un M. Augeard, fermier général, a été pris dimanche ; on prétend que l’on a trouvé chez lui le plan de la conjuration. Comme je ne suis jamais entré dans aucune intrigue, je vois ces mouvements avec beaucoup d’indifférence. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y a une foule d’actions contraires qui tendent dans le fond au même but, savoir profiter des circonstances actuelles pour des intérêts particuliers.

Le duc d’Orléans est à Londres ; il n’y jouit pas, dit-on, d’une grande considération.

Il arriva hier un accident malheureux dans notre salle. Je te le mande de peur que, l’apprenant par les papiers publics, tu n’imagines que je m’y suis trouvé enveloppé. Une tribune trop chargée s’écroula tout à coup ; sept à huit députés placés dessous furent blessés, deux très grièvement ; mais j’ai l’attention de me placer dans le milieu de la salle ; ainsi je ne cours aucun danger.

Lettre du marquis de Ferrières à Madame de Ferrières, dans Marquis de Ferrières, Correspondance inédite : 1789, 1790, 1791, publ. et annotée par Henri Carré (Paris, 1932), p. 178-179.

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