12 October 1789: the Court in Paris

Paris, 12 octobre 1789.

… On commence déjà, mon cher ami, à distiller quelques passeports de la ville, et les diligences paroissent circuler sans trop d’obstacles. Je me flatte donc que le 22 rien ne s’opposera au désir que j’ai de me mettre en route pour nous réunir le 24…

Le Roy et toute la Cour à Paris n’y ont pas absolument ramené le calme, malgré la police attentive et qui arrête chaque jour bien du monde, de ceux surtout qui marquent les maisons pour accroître l’inquiétude. Toute la milice nationale est sur pied jour et nuit, et garde le Roy concurremment avec les Gardes suisses et les Cent-Suisses. Les chefs de division, au nombre de six, remplacent chaque jour le capitaine des Gardes du corps et tiennent derrière le fauteuil du Roy la droite sur le premier gentilhomme de la chambre, car Sa Majesté a suspendu le service de ses Gardes du corps et leur a permis de s’absenter pour quelques mois, par crainte de voir leurs jours exposés dans cette bagarre. On croit qu’il y en a eu au moins 12 tués dans la rixe de Versailles.

Nous allâmes hier, le baron et moi, faire nos cours et aux dîners. Elles étoient nombreuses, et Leurs Majestés traitoient bien tout le monde. Mais le Roy n’est pas encore sorti et a grand besoin d’exercice. On croit qu’il ira demain à la chasse, escorté par la garde parisienne à cheval, comme il l’étoit par les Gardes du corps. Il travaille avec la Ville aux subsistances et au rétablissement de l’ordre si difficile à remonter dans cette anarchie. L’Assemblée nationale viendra dans huit jours tenir ses séances au Manège qu’on dispose à cet effet, et elle aura ses bureaux aux Jacobins et aux Feuillans de la rue Saint-Honoré.

Mon fils a passé les deux dernières nuits en patrouilles et au corps de garde de son district. Il sera bientôt de guet chez le Roy.

L’évèque  d’Autun a fait une motion pour vendre les biens du clergé, qu’il estime 2 milliards, et les appliquer au payement des dettes de l’Etat et au remboursement des offices de judicature.

Deux cents membres des Etats généraux ont demandé des passeports pour partir, et les étrangers désertent Paris. Quelle plaie pour le royaume ! Puissent du moins les provinces être sages et calmes !…

Le Marquis de Vergennes à M. de Bellejeant, dans Pierre de Vaissière, Lettres d’«aristocrates». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 97-98.

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