6 October 1789: from Versailles to Paris

Paris, le 6 octobre. (…)

Nouvelles de Versailles du 5 au soir.

Les femmes sont arrivées les premières, et ont été fusillées par les Gardes du corps. Trois d’entre eux ont été tués et un brigadier commandant a eu le bras cassé.

La nommée Chably, harengère de seize ans, fort jolie, a harangué le Roy et lui a demandé la permission de lui baiser la main. Le Roy l’a embrassée. Elle a demandé que le pain, la viande et la chandelle fussent diminués, ce que Sa Majesté a promis. Les femmes, en nombre de plus de 800, sont entrées à l’Assemblée nationale, où elles ont été très bien reçues sauf par le Clergé qu’elles ont hué et menacé. (…)

P.-S. — Le 6, 11 heures du soir. — Le Roy, la Reine et toute la famille royale, s’étant déterminés dans la nuit à venir s’établir au palais des Tuileries, sont arrivés le soir entre 7 et 8 heures dans le même carrosse, escortés par les 15.000 hommes de la milice nationale, le régiment de Flandre qui partira de Paris, et grand nombre de Gardes du corps rentrés en grâce, selon son désir, au moyen de la cocarde nationale arborée, les uns à pied avec des bonnets de grenadiers et les autres à cheval et sans bandoulières. Les restes de deux des tués avoient été promenés le matin au Palais-Royal et à la Grève. Leurs Majestés ont été six à sept heures en route, par attention pour l’escorte à pied à laquelle ils ont fait faire quinze ou vingt pauses. Complimentés aux barrières par le maire, ils ont été à I’Hôtel de ville aux acclamations générales de : “Vivent la Nation, le Roy et la Reyne !” La ville étoit illuminée. Trente-six députés de l’Assemblée nationale les suivoient, et l’on dispose l’Ecole militaire pour y tenir désormais leurs séances. On compte les garder à Paris.

Tout s’est bien passé, et les fonds remontent déjà. Rien de plus étonnant, malgré l’escorte nombreuse, que la double haie de milice nationale en uniforme depuis les barrières à la Grève. La Reine surtout avoit l’air sensible et reconnoissant.

Le Marquis de Vergennes à M. de Bellejeant, dans  Pierre de Vaissière, Lettres d’« aristocrates ». La Révolution racontée par des correspondances privées. 1789-1794 (Paris, 1907), p. 95-97.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s