27 septembre 1789 : from Versailles à Poitiers

Versailles, dimanche 27 (?) septembre 1789

(…) L’état des finances est dans le plus grand désordre ; les impôts ne se payent point ; ils se payeront encore plus mal l’année prochaine ; les malheureuses circonstances, où se trouve le royaume, ôtent tout espoir de crédit ; on sera forcé de recourir à un impôt sur les fond, peut-être payera-t-on le centième denier ; un membre de la Noblesse l’a déjà proposé dans l’Assemblée, et les Communes, qui n’ont presque point de propriétés territoriales, adopteront avec joie cette mesure. Ce sera pout nous un objet au moins de mille écus. J’y ai cosacré le traitement de député, j’espère que l’on s’en contentera. Aussi bien, on ne nous paye pas ; il m’est dû 2.395 livres pour mes quatre mois ; on m’a donné à comte une ordonnance de 800 livres. Je n’ai pas touché un sol, car il n’y a point d’argent au trésor royal.

(…)

Ne parle à personne ni du centième denier, ni du papier-monnaie ; ce sont des projets vagues ; mais l’Etat est dans une crise qui demande les plus violents remèdes. Ce ne sont pas nos opérations qu’il faut accuser du malheur du royaume ; ce sont les anciennes et continues déprédations de la Cour ; c’est l’indolence, l’incapacité du Roi, la légèreté, les folies de la Reine, ce sont les dépenses des frères, une suite de brigues et de cabales qui se continuent ; les intérêts secrets des Parlements, des financiers ; les menées du Clergé. Il y a toujours eu, et il existe, même en ce moment, une conjuration contre les pauvres Etats : on ne cherche qu’à les rendre inutiles, qu’à empêcher l’ordre qu’ils s’efforcent de rétablir ; il en résulte que l’Assemblée se laisse entraîner dans le piège qui lui est tendu. Voilà pourquoi l’on cherche à nous décrier, à ameuter l’opinion publique contre nous ; dans le fait, nous nous y prêtons.

(…)

Nous n’avons réellement couru aucun danger. Le Palais-Royal nous avait menacés, mais il n’avait nul moyen de réaliser ses menaces. Il y a tant d’intérêts qui agissent en sens contraire qu’ils se nuisent mutuellement dans leurs vues ; nos plus grands ennemis sont dans notre propre sein. La Cour ne nous aime point ; je le lui pardonne, mais elle devrait sentir que, dans l’état des choses, elle se perd, et perd le royaume, si les Etats se séparent sans avoir rien terminé. Quant à la permanence, elle est nécessaire, et ceux qui la blâment ne jugent pas sainement.

Lettre du marquis de Ferrières à Madame de Ferrières, dans Marquis de Ferrières, Correspondance inédite : 1789, 1790, 1791, publ. et annotée par Henri Carré (Paris, 1932), p. 160, 161, 162-163.

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